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La vengeance
Auteur : Cary Devilseyes
Date de publication : 02/11/2007
isbn : 978-2-9534938-N-2.032

Cary Devilseyes nous entraîne dans un univers sombre de l’époque médiévale.

Il arrive, à demi mort de faim, dans un village décimé par la guerre qui vient à peine de se terminer. Personne n'accepte de lui tendre la main et c'est tout naturellement qu'il va se réfugier dans le vieux cimetière complètement abandonné. Mais il ne mourra pas encore aujourd'hui. Des esprits veillent sur lui. Des esprits qui vont l'utiliser pour assouvir leur bien étrange vengeance.

Remarques :

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

Inutile de chercher à savoir qui je suis. On prétend que ma personnalité est ambiguë et je ne contredirai pas. Pourtant, je suis d’un naturel plutôt gai et enjoué. Alors pourquoi ce besoin de vous entraîner dans mes cauchemars ? Qui sait ? Peut-être pour ne pas m’y enfermer seule.

J’aime écrire. Les mots glissent naturellement sous ma main et je ne les retiens pas que ce soit en prose ou sous forme poétique. Enfin poétique… si on aime les naufrages, les têtes coupées…

Vous avez un imaginaire développé ? Alors ne me lisez surtout pas à la tombée de la nuit, en atmosphère tamisée et feutrée, vous pourriez passer une nuit agitée. Mes univers sont ceux du quotidien pourtant, je vous assure. Mais, comment dire ? Il semblerait qu’à un moment donné, une distorsion particulière nous fasse basculer dans un monde parallèle, un tantinet chaotique…

.. La vieille le toisa, hocha la tête, une moue méprisante passa sur son visage ridé.
"Je peux aider aux champs, à la traite… Pour l’amour de Dieu, juste un quignon de pain…"
D’un mouvement de la main, elle fit signe au garçon de passer son chemin. Le chien hurlait dans son dos, tirant sur sa chaîne. Il pouvait sentir son haleine sur son mollet. Dépité, il partit vers la ferme suivante.

Le même accueil, partout. Rejeté, ballotté, renvoyé de ferme en ferme, il essuyait insultes, menaces, quolibets. Un paysan le menaça de son fusil, un autre voulait lâcher son chien. Il parvint sur la place de l’église. Les portes en étaient fermées. Un vieillard, assis sur les marches, lui marmonna "ya pu d’curé. Tout l’canton a été excommunié d’puis des lustres. On a fermé l’église pour pas qu’des gueux comme toi y viennent". Quelques femmes discutaient près de la fontaine, leurs seaux remplis posés à terre. Des petits jouaient autour. Il s’approcha de la margelle, trempa ses mains pour boire un peu d’eau glacée. Alors qu’il se passait de l’eau sur le visage, une pierre vint lui entailler la main. Le sang affleura. Derrière lui un groupe de garnements ricanait méchamment.
"Eh ! Tu l’as eu l’Jean !"
"Mais je ne fais rien de mal
"Tir’ toué d’not’ fontaine. T’es po d’ici. On veut pas d’va nus pieds cheu nous, ça ramène la gangrène. Tir’ toué ou jte cogne" reprit le plus grand de tous. Une volée de pierres s’abattit sur l’enfant. Les femmes le dévisageaient avec animosité, des chiens aboyaient furieusement. Il reprit sa besace vide et partit en courant vers l’extrémité du village. Pourquoi cette haine ? Il ne comprenait pas. Le bruit sourd des pierres rebondissant derrière lui le poursuivait.

C’était quoi ce village ? Pourquoi y traitait-on les étrangers de la sorte ? Il n’avait rien fait de mal. Bien sûr, personne ne le connaissait, mais depuis qu’il courait les chemins, en dépit de la méfiance et de la misère, c’était la première fois qu’il était chassé de la sorte à coups de pierres, sous la menace des fusils ou des crocs des chiens. Ce soir, il lui faudrait dormir dehors, le ventre vide depuis la veille. Le froid le pénétrait, lui glaçait les os. Il ne sentait plus ses pieds ni ses mains, son estomac le faisait atrocement souffrir. S’il ne voulait pas mourir de froid sur le bord du chemin, il lui fallait trouver un recoin où s’abriter quelque peu du vent et de la pluie qui menaçait de plus en plus.

Un haut mur délabré longeait la route. Il le suivit jusqu’à deux hautes grilles rouillées, à demi descellées. Un cimetière ! Il pourrait peut-être trouver un abri là-dedans. Dans les cimetières, il y a toujours des monuments, des chapelles. Avec de la chance (mais était-elle avec lui ?), il aurait la possibilité de trouver un coin au sec. Il était petit pour son âge et ne tiendrait pas beaucoup de place. Il éviterait ainsi l’exposition aux bourrasques et la boue des fossés. Les premières gouttes tombaient en une fine bruine glaciale. La peur l’étreignit tandis qu’il se faufilait entre les grilles. Un silence pesant l’accueillit. Seul le vent courant entre les tombeaux tentait de donner un peu de vie à ces lieux sinistres. La nuit s’infiltrait lentement.

L’endroit était dans un état de délabrement consternant : tombes éventrées, croix renversées, monuments saccagés, terrain défoncé par les gels successifs et les tempêtes. Des pierres jonchaient le sol raviné, envahi d’herbes folles. Personne n’avait dû mettre les pieds ici depuis des années. Les hordes de pillards y avaient certainement fait des incursions. Une révolte avait secoué toute la région. C’était tellement fréquent depuis que cette guerre s’éternisait. L’enfant avait le cœur soulevé par ces sacrilèges. Lui, élevé dans le respect de la famille et des morts, se retrouvait projeté dans un monde sans lois, sans foi.

Quelques chapelles tenaient encore debout, leurs portes vermoulues éventrées. Il choisit l’une des plus intactes, se réfugia à l’intérieur en demandant pardon au ciel de profaner ce lieu de repos éternel. Pour conjurer le mauvais sort, il prit le temps de s’agenouiller et de dire la prière des morts puis se recroquevilla sur le sol dallé. Ici au moins il ne subissait plus les gifles aigres du vent, la pluie ne transperçait plus ses haillons. Seule, la peur le tenaillait encore. Il était si fatigué, il avait si faim que des larmes coulaient sur ses joues maigres sans qu’il songeât à les essuyer. Le découragement le prit. Il avait choisi le meilleur endroit pour mourir, songeait-il...

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