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Propos de table d'hôte
Auteur : Amédée Brun
Date de publication : 12/12/2014
isbn : 978-2-9534938-N-2.078

Propos de table d'hôte, une nouvelle haïtienne. Dans cette nouvelle brève, Amédée Brun nous fait partager, dans un langage étonnant et riche, la complainte d’un artiste victime des affres de l’amour. Un texte d’une rare intensité. A découvrir. Les Gratuits

Remarques :

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

Né à Jacmel en avril 1868, Amédée Brun poursuit des études classiques au Collège Saint-Martial de Port-au-Prince avant de compléter sa formation à Paris, sur les bancs de la Sorbonne et à la Faculté de Droit. Poète, nouvelliste et romancier, il a publié aussi bien en France qu’en Haïti. Notons entre autres Pages retrouvées, publié en France et Deux amours, publié à Port-au-Prince.


Malheureusement pour la littérature haïtienne, cet écrivain prometteur mourut prématurément à l’âge de 28 ans.


Justin Lhérisson écrivait en parlant de lui : “Aime les femmes, s’étend sur les filles d’Eve avec des phrases artistement ciselées qui résonnent comme un vase de porcelaine vide, dans sa diction agréable et berceuse.“
 

On cogna à la porte. “Entrez“, fîmes-nous. La lumière éclaira les visages bronzés de trois hommes qui obséquieusement demandèrent à nous régaler d’une exécution musicale.

La tablée acquiesça. Ils commencèrent de suite par Mignon, Carmen, la Traviata, etc. ; mais s’apercevant que l’on ne prêtait aucune attention à leurs virtuosités, l’un d’eux se leva et, après avoir récolté dons son feutre le produit de la générosité des convives, s’en vint dire un mot aux oreilles de ses compagnons. Le violon grinça, cherchant la note juste, en même temps que le harpiste mettait son instrument au point. Alors, debout dans un coin de la pièce, dressé et beau comme un demi-dieu, celui avait parlé se mit à chanter. Il racontait, il ne chantait pas et la musique, à peine bruissante, l’accompagnait d’une sourdine lente. Il racontait, la voix harmonieuse et forte comme le mouvement des lames musiciennes sur la plage à l’heure où le ciel crible les vagues de sa mitraille d’étoiles !

Et sa parole montait avec des tristesses de cantilène, tandis qu’autour du rouge de sa chemise et du velours de son pantalon la harpe mettait le fluide décor de ses vibrations languides.

Dans l’ovale de sa figure intensément hâlée les yeux s’élargissaient, meurtris d’une expression indicible comme si la prunelle avait gardé l’effarement des vastes solitudes où la ronce succède à la ronce, dans le déploiement infini de leurs rubans de sable.

En ce regard étrangement dilaté des lueurs passaient furtives, comme de brusques éclairs noirs.

L’on sentait instinctivement que cet homme penché sur une femme, malgré peut-être le manque de soin de sa personne fruste, mettrait avec ses yeux l’abîme d’un ciel sur elle, ou recevant un baiser de reine, à genoux, lui ferait monter le vertige d’un océan au cœur. La poitrine large semblait bâtie par la Providence des nomades, secourable aux gueux, comme un rempart de chair et de muscles contre les simouns meurtriers dont la venue a des bruits d’orageux galops. Le nez, d’une énergie suprême, révélant l’obstination et la volonté, tombait droit sur le pli des lèvres retroussées d’un défi aux commissures.

Il parlait, et la harpe avait des chagrins dans les résonnances de ses longues cordes nerveuses auxquelles le crispement des doigts de l’artiste s’agrippait dans un vouloir de plainte berceuse ou de déchainement d’orages d’amour.

Il parlait, et à mesure que s’écoulait le drame de son existence, le nombre et l’éclat de sa voix tentatrice mêlée aux sinuosités du filet d’eau musicale jaillie des cavernes de l’instrument produisait en moi l’impression de cristaux orfèvres dont les montures seraient en mélodie solidifiée !

Nous avions cessé depuis longtemps de dîner, la tête tournée dans une véritable sensation d’hypnotisme vers le Bohème dont le timbre évoquait encore devant moi, je ne sais pourquoi, la procession des caravanes déroulées en longues théories dans un cadre de paysages lunaires.

Son histoire, la voici : il avait aimé de tout lui, aimé au point de rêver comme un inaccessible paradis de douleur heureuse et ...
 

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