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La Pépée
Auteur : Charles Bertrand
Date de publication : 05/09/2014
isbn : 978-2-9534938-RT-7.026

Plongeons dans les souvenirs d’une époque, de 1931 à nos jours, avec Charles Bertrand, au travers de lettres à sa sœur, dans lesquelles il raconte leurs souvenirs d’enfance et les évolutions vers notre époque. Un texte intéressant à plus d’un titre. 83 pages. RECITS/TEMOIGNAGES

Remarques :

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

Ancien combattant de la guerre d’Algérie, ancien professeur de Sciences Naturelles, Charles Bertrand vit aujourd’hui dans la région nîmoise.

Auteur prolifique, il nous a déjà fait parvenir ses mémoires de la guerre d’Algérie dans ses deux volumes “Un igloo en Kabylie“.

Anecdotes, parcours particuliers, souvenirs variés sillonnent sa vie et il nous en fait part à travers ses écrits. Un monceau de moments à partager, qui ravivent, chez le lecteur également, la mémoire d’instants privilégiés ou douloureux, d’échanges…
Un auteur à découvrir ou redécouvrir.

...

Nos parents louent un petit appartement dans un vieil immeuble moyenâgeux, au-dessus de la charcuterie Moins (prononcer « Moinsse » comme dan le Midi). Cette construction existe encore, comme le commerce d’ailleurs et j’ai pu le vérifier quand je passais les vacances d’été chez notre tante Marie et chez les grands-parents maternels à Marcenat. La vétusté de ce logis s’explique par l’« Histoire » car c’est le noyau d’origine du bourg. Construit en pierre de Volvic, un escalier étroit, sombre, en colimaçon, le confort y est inexistant. Logement petit, difficile à chauffer, humide, on pouvait y contracter des affections de la gorge et des poumons. D’autant plus qu’à une altitude de 1.000 mètres la neige est abondante et tenace. Mais, les locations sont rares et chères. L’immeuble est contigu, à l’arrière, à la maison dite de la reine Margot, (on suppose qu’elle y aurait séjourné).

Toujours est-il qu’un an plus tard, le 20 septembre 1932, quatorze mois après toi, je suis né, au grand désappointement de mes parents. En effet, notre père est assez mal payé et les fins de mois sont difficiles. D’autre part, notre mère, inexpérimentée, se retrouve avec deux enfants à l’âge de 20 ans, Bien entendu, de ce fait, j’ai été certainement mal accueilli. Deux enfants à 20ans ! J’ai toujours pensé que leur comportement à mon égard en était sans doute l’origine ! Notre mère a vingt ans, deux enfants et une santé précaire. Pour la soulager, les bonnes sœurs d’un Institut religieux situé en face de l’immeuble acceptent de te prendre, malgré ton jeune âge, avec les plus petits de l’école et t’offrent le repas de midi.

Là se situe un épisode pénible pour moi. De santé précaire dès ma naissance, je contracte des rhumes, des angines. Notre mère se réfugie à Marcenat, chez ses parents dont la ferme est située à quelques kilomètres de Besse, à pieds à travers la montagne.
Aux bronchites succèdent des pleurésies. Les sulfamides et les antibiotiques n’ont pas encore été découverts. Le docteur Pipet doit se déplacer de Besse à Marcenat où ma mère a trouvé refuge dans la ferme de ses parents. On ne connaît pas la Sécurité sociale qui verra le jour une quinzaine d’années plus tard. Jusqu’au jour où (notre mère me l’a souvent raconté) le docteur, en désespoir de cause, déclare à ma mère et ma grand-mère, son impuissance : « Il ne passera pas la nuit ». Je suis alors dans mon sixième mois d’existence.

Les deux femmes se relayent pour me bercer, toute la nuit, sur un oreiller près des flammes de la grande cheminée. Et le miracle s’est produit, puisque je suis encore là quatre-vingts ans plus tard !
Tout ceci m’a été rapporté, comme un miracle. Il est évident que je n’ai gardé, comme toi, aucun souvenir précis de ma première année de vie.

J’imagine cet épisode de notre vie à Besse d’après les photos que j’ai gardées précieusement dans un album. Mes multiples séjours de vacances chez notre tante Marie m’ont aussi familiarisé avec ces lieux de mémoire. Je t’y retrouve avec tes « anglaises », tes longs cheveux bouclés devant l’Institut religieux, ou au Mèze, cet espace boisé, sorte de jardin public situé à la sortie haute de Besse. Je revois ma mère traversant la place de la Gayme, poussant d’une main le landau, te traînant de l’autre bras, puis passant sous le vieux beffroi du XVI° siècle, dont l’horloge, située dans la tour de guet, sonne les heures et les quarts d’heure toute la nuit et toute la journée. Quelques images me montrent également la tante Jeanne, la soeur de notre père, qui, de temps à autre, quitte Saint-Flour pour nous rendre visite. C’est un peu plus tard que je m’apercevrai que tu réponds déjà au doux surnom de Pépée, et moi, à celui de Lolo, sans doute des diminutifs de « Poupée » et de « Charlot » ! C’est le genre de surnom qui convient à de jeunes enfants, mais qui devient plus difficile à admettre plus tard !

Ce court séjour à Besse s’achèvera, deux ans plus tard, quand notre père est muté à Clermont-Ferrand. C’est à partir de là que les souvenirs deviennent plus précis. La famille s’installe au troisième étage d’un immeuble à Chamalières, au coin de la rue Lufbéry et de l’avenue de Royat, près d’un arrêt du tramway de la ligne Montferrand-Royat. (Le bâtiment, relativement récent, est actuellement entièrement occupé par une banque). Le rez-de-chaussée est habité par les propriétaires, monsieur et madame Conchon, un pâtissier-confiseur, et leur fille Yvette. Au premier étage vit madame Boudran, la belle-mère, âgée. Le second étage est partagé entre les « Bussières », le « fumiste » (c’est ainsi que l’on désignait les plombiers-couvreurs) et les « Junier » pâtissiers-confiseurs installés près du Marché Saint-Pierre, dans le centre de Clermont. Nous occupons le troisième et dernier étage, le plus vaste.

On entre directement dans la cuisine de forme triangulaire ; un couloir conduit à gauche à la salle à manger, à droite à une pièce sombre donnant sur le couloir extérieur qu’on appellera la « pièce noire ». et, au fond, une pièce assez vaste qui sera la chambre des parents, communiquant avec notre chambre d’angle, dont les deux fenêtres s’ouvrent sur la rue Lufbéry (Un aviateur mort pendant la première guerre mondiale) et sur l’Avenue de Royat.
Cette chambre meublée de façon spartiate avec deux lits métalliques, est un point d’observation merveilleux. De là, on peut voir la circulation automobile peu dense à cette époque, le va-et-vient des rames de tramway. On peut guetter l’arrivée de notre père à midi et le soir. On est attiré par le spectacle de la rue : le passage, le matin, du troupeau de chèvres, précédé du coup de trompette de son gardien, l’appel du « pilhareau », qui récolte les vieux vêtements et les chiffons, ainsi que les peaux de lapins, le cri du rémouleur qui aiguise, sur le champ, les couteaux ou les ciseaux, l’appel de « Jésus Christ », un vieux bonhomme barbu et maigre qui, à l’automne, vend des champignons qu’il a récoltés dans la journée.

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