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Mesdemoiselles Rigolot, marchandes de modes
Auteur : Alexandre Dumas père
Date de publication : 25/07/2014
isbn : 978-2-9534938-RT-7.025

Mesdemoiselles Rigolot, marchandes de modes : Extrait de Mes Mémoires, d’Alexandre Dumas père, raconte la manière dont on se fréquentait dans les années entre 1802 et 1830, chez les jeunes gens, à Villers-Cotterêts, petite bourgade assez huppée, non loin de Paris. Un témoignage d’une époque totalement révolue de nos jours. Les Gratuits – 7 pages

Remarques :

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

Issu du général Alexandre Davy de la Pailleterie, dit Dumas, lui-même né à Jérémie sur l’île de Haïti, Alexandre Dumas père est né à Villers-Cotterêts en 1802. Auteur très prolifique, il produisit, avec l’aide de plusieurs collaborateurs, plus de trois cents ouvrages. Dramaturge (Henri III et sa Cour, La Tour de Nesle…) et romancier, on lui doit des œuvres célèbres telles que Les Trois Mousquetaires, La Dame de Monsoreau, Le Comte de Monte-Cristo…

C’est à son fils, né à Paris en 1824, Alexandre Dumas, surnommé Dumas fils, que l’on doit notamment la fameuse Dame aux Camélias.

Alexandre Dumas père décède le 5 décembre 1870, à Puys, chez son fils. Enterré à Neuville, il est exhumé en 1872 après la guerre contre la Prusse et l’occupation et son corps est transféré dans la tombe de ses parents, au cimetière de Villes-Cotterêts

En vérité, ceux qui s’arrêtaient devant l’ouverture dénoncée, et qui parvenaient à plonger leurs regards dans l’intérieur du magasin, ne perdaient pas leur temps, et ne regrettaient pas leur peine.
Ce que nous disons là n’a aucun rapport avec les deux propriétaires de l’établissement, toutes deux vieilles filles ayant dépassé la quarantaine, et ayant, depuis longtemps, je le présume, perdu toute prétention à inspirer un autre sentiment que le respect.
Non, ce que nous disons là a rapport à deux têtes les plus adorables que l’on pût voir, l’une blonde, l’autre brune, qui se trouvaient placées à côté l’une de l’autre comme pour se faire valoir mutuellement : la tête brune avait nom Albine Hardi ; la tête blonde s’appelait Adèle Dalvin.
La tête brune – avez-vous connu la belle Marie Duplessis, cette charmante courtisane aux airs de reine, sur laquelle mon fils a fait le roman de la Dame aux camellias ? – c’était Albine. Ne l’avez-vous pas connue ?... Je vais vous dire ce qu’Albine était.
C’était une jeune fille de dix-sept ans, au teint brun et mat, aux grands yeux bruns, veloutés, surmontés d’un sourcil noir qu’on eût cru tracé au pinceau, tant l’arc en était à la fois ferme et régulier. C’était une duchesse, c’était une reine ; si vous voulez, mieux que cela encore, quelque chose comme une nymphe de la suite de Diane : mince, svelte, droite et fine, une chasseresse qui eût été splendide à voir avec un feutre sur la tête, une plume sur ce feutre, une amazone flottante au vent, conduisant une troupe de piqueurs sonnants, guidant une meute aboyante. Au théâtre, son aspect eût été grandiose, presque surhumain. Dans la vie ordinaire, on était tenté de la trouver trop belle, et, pendant un certain temps, personne n’osa l’aimer, tant il semblait probable que cet amour serait perdu, et qu’elle n’y répondrait pas.
L’autre, Adèle, était rose et blonde. Je n’ai jamais vu plus jolis cheveux dorés, plus gentils yeux, plus charmant sourire ; plutôt gaie que triste, plutôt petite que grande, plutôt potelée que mince : c’était quelque chose comme un de ces chérubins de Murillo, qui baisent les pieds des Vierges à moitié voilées par des nuages ; ce n’était ni une bergère de Watteau, ni une paysanne de Greuze, c’était quelque chose entre les deux, et participant des deux. Celle-là, on sentait qu’il était doux et facile de l’aimer, quoiqu’il ne fût point facile d’être aimé d’elle.
Son père et sa mère étaient de bons vieux cultivateurs, souche honnête mais vulgaire, de laquelle on était tout étonné que fût sortie une fleur si fraîche et si parfumée.
Au reste, il en était ainsi de tout ce monde enfantin ; c’était la jeunesse qui lui donnait sa distinction, comme c’est le printemps qui donne la fraîcheur aux roses.
Autour de celles dont je viens de faire le portrait, souriait et bourdonnait tout un essaim de jeunes filles, dont les plus petites se perdaient dans l’enfance ; génération que j’ai vue depuis succéder à celle avec laquelle j’ai vécu, et dans laquelle j’ai vainement cherché tout ce que je trouvais dans l’autre.
Avant l’arrivée des deux étrangères à Villers-Cotterêts, je n’avais pas même remarqué cette couronne printanière à laquelle chaque classe de la société apporte, l’une son étoile, l’autre sa fleur.
Les deux étrangères parties, le bandeau que j’avais sur les yeux tomba, et je pus dire non seulement : « je vis », mais encore : « j’existe ».
Je me trouvais justement placé par mon âge entre les enfants jouant encore aux barres et au petit palet – comme avait très bien dit la nièce de l’abbé Grégoire – et les jeunes gens déjà en train de devenir des hommes.
Au lieu de redescendre vers les premiers, comme m’en avait donné le conseil ma belle Parisienne, je m’accrochais aux seconds, en me haussant sur la pointe du pied pour atteindre à mes seize ans.
Au reste, quand on me demandait mon âge, je m’en donnais dix-sept.

 

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