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Quatorze jours
Auteur : Chantale Lefèbvre
Date de publication : 06/05/2014
isbn : 978-2-9534938-Ro-4.014

Ce roman québécois est un pur bonheur. Drôle, tendre, instructif il vous entraînera dans une randonnée riche en rebondissements, en connaissance de la nature et de la faune sauvage et … de la nature humaine, en compagnie de l'écrivaine Chantale Lefèbvre.

Jeffrey, le shérif et garde forestier de cette ville bourgade, attend avec impatience, en compagnie de sa garde forestière en chef, l’arrivée des trois frères et sœur Donovan. Il sait, lui, que cette randonnée de deux semaines dans les terres sauvages ne ressemblera à aucune des précédentes. Mais comment réagira Sam, la rebelle, l’indomptable, la revêche, toujours en contrôle, quand elle découvrira le plan ourdi par son chef et Leanne, la petite dernière des Donovan ? – Romans – 640 pages.

Remarques : Un lexique et une équivalence des mesures se trouvent en fin d’ouvrage pour une meilleure compréhension des expressions les plus typiques.

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

Mon nom est Chantale Lefebvre, j’ai 46 ans et je viens du Québec. Je suis maman de deux grands ados, conjointe de leur père depuis vingt-trois ans, travailleuse à temps plein dans une grosse compagnie depuis seize ans et je travaille à temps partiel pour une petite compagnie de danse depuis six ans, pour laquelle j’ai aussi enseigné la danse et la mise en forme pendant quatre ans. J’adore danser, je chante pour mon plaisir, je lis beaucoup et j’aime bien relaxer en regardant mes séries de télévision préférées.


J’ai travaillé sur mon premier (vrai) manuscrit ci-joint avec ardeur, passion, plaisir et espoir et je suis convaincue qu’il pourrait plaire aux gens. J’ai omis, volontairement, beaucoup de détails physiques ainsi que des lieux spécifiques afin que n’importe qui lisant ce roman puisse s’identifier à un, sinon plusieurs, personnages; des traits de caractère semblables, une expérience de vie commune, des situations déjà vécues. Afin que n’importe qui lisant ce roman puisse imaginer l’endroit qu’il veut; ce beau petit patelin vu lors d’un dernier voyage, le superbe paysage dans la revue sur leur table de salon, les montagnes comme au chalet de leur chum Marc. Ce manuscrit est la réalisation d’un rêve et j’espère pouvoir partager ce rêve avec les gens. J’espère que ce manuscrit pourra aussi ajouter un peu d’humour et de soleil dans nos journées parfois maussades ou ordinaires. C’est le but de ce manuscrit.

Un soir de presque pleine lune. Une nuit magnifique, juste comme Sam les aimait. Les bras autour de ses genoux, elle contemplait le ciel avec émotion. Comme chaque fois qu’elle regardait le ciel. A n’importe quelle heure du jour. La seule autre chose, mise à part la forêt, ayant le pouvoir de l’émouvoir. Tout le reste n’était qu’illusion et désenchantement. Menteuse. Et Jeffrey alors ?

Ah ! Évidemment. Mais Jeffrey faisait quasiment partie de la forêt donc, en vérité, il était inclus dans le lot. Des bruissements de feuilles lui firent détourner le regard du ciel vers la provenance du bruit. Signe évident que quelqu’un approchait. Malgré la noirceur sublime et totale des lieux, Sam n’avait pas peur et n’eut aucun trouble à identifier la silhouette.
- Tu m’espionnes encore ?
Un petit rire discret ne fit que confirmer l’identité de l’homme. Pure formalité.
- Non. Je voulais être certain que ma guide serait en forme pour demain.
Et le son à peine étouffé suivant le commentaire de Jeffrey Norris ne présumait pas que la guide en question était enchantée de la tâche qui lui avait été assignée.
- Jeffrey, tu sais combien je déteste servir de guide à ces riches hurluberlus qui croient que vivre dans la nature consiste à faire un feu de camp et se priver de champagne pendant deux jours !
Jeffrey connaissait très bien le point de vue de sa guide. C’était le même depuis près de vingt ans. Et chaque fois, ça le faisait sourire. Lui seul savait combien la façade de dure-à-cuire en coûtait à Sam. Elle était née sur la défensive et la vie n’avait fait qu’aggraver un cas désespérant de méfiance et d’entêtement. Envers la gent masculine la plupart du temps.
- Je sais, mais ni toi ni moi ne sommes en mesure de refuser ce contrat.
Sam le savait aussi. Malheureusement. Merde. Quatre adultes riches et arrogants à surveiller et materner comme des enfants dans une sortie d’école.
- Et quels sont leurs noms déjà ?
Jeffrey sourit pour une deuxième fois. Sam avait une mémoire d’éléphant. Il savait pertinemment qu’elle n’avait pas oublié les noms. Seulement une manière de lui signifier que ça lui passait bien au-dessus de la tête que leur nom de famille soit Donovan ou Lady Gaga.
- Garrett, Riley, Cole et Leanne Donovan.
Sam hocha la tête et soupira. Elle savait bien qu’elle ne refuserait pas ce contrat. Pas plus qu’elle ne pourrait jamais refuser quoi que ce soit demandé par Jeffrey qui, en plus d’être son ami le plus cher et son collègue, était subséquemment son employeur. Tout plein d’excellentes raisons pour obliger à la demande.
- A quelle heure ?
- Leur avion doit atterrir vers 7h00 du matin. Avec les indications que je leur ai fournies, ils devraient arriver à la cabine vers les 10h00.
- Avec un peu de chance, ils se perdront et n’arriveront jamais à destination…
Jeffrey ébouriffa les cheveux coupés courts de Sam et rit.
- Arrête de faire ta revêche et pratique ton sourire. Tu sais combien les nouveaux venus y sont sensibles.
Sam aurait bien voulu user de ses nombreuses techniques de défense sur l’homme, mais c’était aussi quelque chose que Jeffrey connaissait bien. Il avait déjà esquivé les bras qui cherchaient à l’évidence à crocheter ses jambes et le faire tomber.
- Tu peux aussi pratiquer tes techniques de défense… Elles me semblent un peu lentes. A demain matin.
Et il n’attendit pas la réponse pour repartir.
Quelle heure était-il ? Sam jeta un coup d’œil à sa montre de sport, seul luxe qu’elle s’était octroyé au fil des ans et seul instrument vraiment indispensable à sa survie. Le vert lumineux du cadran digital éclairait les aiguilles qui indiquaient 21h59. Une si belle nuit gaspillée pour se lever tôt demain. Re-merde. Il était hors de question qu’elle leur fasse des sourires et des yeux doux. Jeffrey pourrait très bien s’acquitter de cette tâche. Il le faisait d’ailleurs avec brio et sans aucun effort. Contrairement à toi ? Barre-toi, conscience. Tu ne m’auras pas. Sam se leva, essuya les débris de feuilles et résidus de terre collés sur son pantalon cargo et s’en retourna d’un pas lourd vers la petite cabine d’accueil, dans la noirceur du sentier que la lune éclairait à peine. Cela importait peu pour la garde forestière. Elle et Jeffrey connaissaient le sentier par cœur. En connaissaient les courbes et les fissures dans les moindres détails. Ils auraient pu y circuler les yeux fermés.

Lorsque Sam contourna la cabine par l’angle Est, elle constata qu’il ne restait que son véhicule. Jeffrey avait déjà quitté. Voilà qui confirmait sa théorie qu’il prévoyait sortir tambours et trompettes pour Messieurs et Madame Donovan. Involontairement, Sam se prit à sourire. Jeffrey avait beau frôler les 60 ans, il avait toujours cet air d’éternel adolescent. N’eut été quelques mèches blanches sillonnant sa chevelure blonde, personne n’aurait jamais osé lui en donner plus de 50. Et en quoi le fait que Jeffrey ne semblait pas vieillir et qu’il n’avait aucun problème à mettre de côté ses sentiments personnels importait-il pour le moment ? Cela importait peu, effectivement. Merci, conscience, de me ramener sur terre une nouvelle fois. Sam se dirigea vers la petite salle des dîneurs – qui servait aussi de salle d’ordinateurs, d’infirmerie et n’importe quelle autre activité qui n’était pas dormir -, prenant grand soin de refermer la porte moustiquaire derrière elle. Il faisait une chaleur accablante pour ce temps de l’année et les moustiques s’en donnaient à cœur joie sur quiconque avait le malheur de se promener sans chasse-moustiques ou oubliait de protéger son habitat. Son sac à dos était toujours adossé sur le mur de la table à radio émetteur. A un détail près ; quelqu’un avait soigneusement épinglé un contrat où il manquait visiblement une signature. La sienne. Merci, Jeffrey. Toujours aussi prévoyant. Il lui semblait même entendre sa voix grave et posée qui lui intimait de ne pas oublier de signer le document et de le rapporter demain matin. Non, Jeffrey, je n’oublierai pas. Elle jeta un dernier coup d’œil aux trois écrans lumineux des détecteurs sensoriels. Tout était calme. Aucun signe de visiteurs à quatre pattes en quête de nourriture terrienne. Tant mieux. Sam agrippa le sac, le porta à son épaule et verrouilla les deux portes derrière elle. Adieu calme, paix et silence pour les prochains quatorze jours. QUATORZE JOURS !!!! Faites que j’aie le pouvoir de résister à la tentation d’en pousser un par inadvertance dans les chutes. Hmm. Avec ta chance, il aurait sûrement la force de nager et en redemanderait encore. C’était le genre de défi que les riches aimaient raconter. C’est avec un peu trop d’entrain que Sam enfonça l’accélérateur du VUS et quitta le stationnement. La route déserte jusqu’à son appartement serait un excellent calmant. Rongeurs et autres amis quadrupèdes, de grâce, abstenez-vous de prendre une marche de santé et restez dans vos habitats bien sécuritaires pour ce soir.

1er JOUR

Le radio réveil jouait des airs connus depuis déjà quelques minutes quand Sam eut finalement le courage de se lever. Elle avait ardemment prié pour que le ciel soit couvert de nuages et la pluie au rendez-vous, mais le soleil s’était pointé depuis un bon bout de temps. Et à en juger par le bleu éclatant du ciel, il semblait être définitivement installé pour la journée. Comme il l’avait été pour les quinze derniers jours. Un record. Et le serait probablement pour les quatorze prochains jours aussi. Donc arrête de gémir et remue-toi, Miss Bougon. Ouais. J’y arrive. Aucun shampoing en stock qui sentirait la mouffette ? Aucun gel de douche au parfum de poubelles ? Bien sûr que non. Jeffrey t’en voudrait pour le restant de ses jours. D’accord, d’accord. Elle attrapa un énième pantalon cargo beige dans sa penderie avec la chemise coordonnée – son uniforme depuis près de vingt ans – et se dirigea vers la salle de bains. Bien qu’il n’y eût aucune fenêtre d’ouverte, Sam sentait la chaleur étouffante bien en place. Merveilleux. Chaleur accablante plus groupe de riches hurluberlus. Su-per-be journée en perspective, il allait sans dire. Elle attrapa le premier gel de douche qui lui tomba sous la main et s’engouffra sous l’eau. La douche, pour Sam, était généralement semblable à son pas : énergique et vigoureuse. Il lui tardait toujours de retrouver Jeffrey et de partir explorer les forêts. Ils connaissaient les bois comme le creux de leur main, mais c’était toujours un pur plaisir de redécouvrir les trésors cachés de leur univers. Sauf ce matin. Sam éternisait le rinçage des cheveux – pourtant très courts – et si son cuir chevelu avait eu quelque chose à déclarer, cela aurait probablement sonné comme « à l’aide ! Une bouée ! Je me noie ! ». Après vingt minutes d’un lavage intensif et une peau suintant l’eau par tous les pores disponibles, Sam se décida enfin à sortir. Le compteur d’eau avait très certainement dépassé le total dépensé pour l’année précédente. Eh bien, cela compenserait pour les quatorze prochains jours de non utilisation. Une fois séchée et habillée, elle se dirigea d’un pas lent vers la cuisine. Les pensées se bousculaient dans sa tête plus qu’à l’habitude. Sam était, d’ordinaire, quelqu’un ayant la faculté de disposer mentalement de tout ce qui n’était pas en relation avec son travail. Un tiroir pour le travail et un autre pour tout le reste. Qu’elle n’ouvrait que pour y entreposer d’autres indésirables. En comparaison, la vie monastique avait un charme fou. Mais Sam n’en avait cure. Elle préférait, et de loin, la compagnie des habitants à quatre pattes de ce monde à celle des bipèdes, Jeffrey appartenant à une catégorie totalement différente. Quelque part au fond d’elle-même, Sam savait très bien qu’elle avait tort de se bâtir une forteresse et savait aussi pertinemment ce qui se racontait dans la petite ville. Mais il était tellement plus facile de prétendre que tout était relié au travail exigeant qu’elle avait choisi de pratiquer. Elle agrippa un bol, une cuillère et un napperon, disposa le tout sur le comptoir à peine assez grand pour deux personnes, choisit la boîte de céréales qui convenait pour une matinée aussi déprimante – les Lucky Charms avaient toujours la cote – et chercha le lait. Et fut contrainte d’admettre que son réfrigérateur n’avait aucun liquide ressemblant de près ou de loin à du lait. Zut. Re-zut. Il y avait toujours le yogourt. Et une barre énergétique. Résolument pas aussi réconfortante que les Lucky Charms, mais après tout, la journée promettait d’être chargée. Son déjeuner ne lui prit donc que quelques minutes. Elle se brossa les dents et ne prit pas la peine de se maquiller. Les habitants à quatre pattes ne voyaient pas la différence et ceux à deux pattes ne le méritaient pas. Et Jeffrey la connaissait trop bien. Point final. Si seulement elle parvenait à sortir ces riches hurluberlus de ses pensées… C’était tout simplement exténuant. Bon. Voyons voir : ma trousse de premiers soins ? Dans le sac à dos. Mes sous-vêtements de rechange ? Sac à dos. Veste phosphorescente, manteau de laine, chandails, pantalons et bas chauds ? Sac à dos. Pantalons, bas, t-shirts, chemises et bottes de rechange ? Sac à dos. Fusées éclairantes, radio émetteur, batteries, lampe de poche, couteau, fusil, fléchettes endormantes, balles calibrées, cartes, lunettes d’approche, lunettes sensorielles, allumettes, chasse-moustiques et corde ? Sac à dos. Bâton de randonneur ? Près de la porte. Alors tu sais quoi faire, ma vieille. Je sais, je sais. Jeffrey doit déjà t’attendre en trépignant d’impatience. Je sais, je sais. Le sac à dos retomba d’un bruit lourd sur son dos et le bâton de randonneur se retrouva coincé sous son aisselle gauche, le temps pour Sam d’ouvrir et refermer sa porte d’entrée pour ensuite la verrouiller. Le soleil sur sa peau et les effluves qui émanaient des bois lui firent oublier – temporairement – sa frustration. Tout simplement magique. Elle déposa le lourd sac à dos sur la banquette arrière avec le bâton et s’installa au volant du véhicule utilitaire. Sam fit marche arrière et s’engagea dans l’étroite allée bordée d’immenses champs infertiles et de boisés avec un dernier sourire au bloc appartement érigé au milieu de nulle part. Quatre appartements loués à des amoureux de la nature, il allait sans dire. Qui d’autre voudrait s’installer dans ce coin perdu de toute façon ? Et la seule personne avec encore assez d’influence sur Sam avait cessé toute tentative de la rapprocher de la ville depuis un bon moment.


Jeffrey s’étira, un sourire flottant sur ses lèvres. Les yeux encore engourdis de sommeil et déjà heureux. Vraiment, il était carrément impossible de l’imaginer furieux. Ou triste. Et même dans les moments plus tristes, il avait toujours quelque chose de réconfortant et de chaleureux à dire pour détendre l’atmosphère. Jeffrey était un homme pacifique et optimiste de nature. Par quel miracle s’entendait-il aussi bien avec Sam ??? Il l’aimait. D’une façon purement et totalement platonique. Depuis qu’il l’avait aidée à surmonter la mort de son frère aîné, vingt-cinq ans auparavant. Les parents de la jeune femme avaient suivi, victimes d’un accident de la route, dix ans plus tard. Et son pénible divorce qui avait été le clou, à peine cinq ans après la mort des parents de Sam. Pendant toutes ces épreuves, Jeffrey l’avait aidée, soutenue, souvent au détriment de sa propre vie de couple. Mais Sam faisait partie de la famille. De sa famille. Un peu comme une petite sœur. Le Shérif de la micro ville – qui servait aussi de guide et de garde-forestier dans ses temps libres – se rendit soudain compte que sa femme avait probablement déjà quitté pour son travail car il n’entendait pas le bruit de la douche. Hmm. A peine 7h00. Charlie était encore débordée. Charlène était la directrice de la petite institution qui servait de banque dans la ville. Malgré le fait que la petite ville comptât à peine un peu plus de 5 000 habitants, pour une raison inconnue, les quelques employés qui y travaillaient étaient toujours en pleine effervescence. Et ce, presque douze mois par année. Jeffrey se leva, passa son haut de pyjama – qui n’allait visiblement pas avec le bas… - et se rendit, pieds nus, dans la cuisinette où le soleil illuminait tous les recoins de la pièce. La cuisinette était sa pièce préférée. Il se versa un café noir, prit un muffin dans le panier sur le comptoir pour ensuite attraper une assiette à déjeuner sur le séchoir. Une fois son petit déjeuner installé sur la table, il récupéra le journal au pied de la porte. Une chaleur quasi étouffante envahit aussitôt la petite cuisine. Jeffrey huma l’air et sourit. Encore. Ce serait une magnifique journée. Que du bleu à l’horizon. Espérons seulement que les visiteurs auront du chasse-moustiques en quantité industrielle. Chaleur étouffante et soleil rimaient malheureusement avec insectes. Comme il dépliait le journal, une note glissa et tomba à ses pieds. Il la ramassa et rit doucement. L’écriture irrégulière et très familière de Charlie - sa femme avait sûrement des liens avec un chirurgien ou un dentiste qui lui était inconnu – l’informait qu’elle l’aimait et qu’elle lui souhaitait un très bon séjour dans les montagnes. Et qu’elle attendait Sam d’un pied ferme si jamais il arrivait malheur à son mari. C’était toujours réconfortant de savoir qu’on pouvait compter sur quelqu’un pour venger son honneur… Après avoir lu les nouvelles internationales du jour, les évènements sportifs intéressants et les quelques articles régionaux, il se dirigea vers la salle de bain, repassant dans sa tête le matériel nécessaire à l’expédition. Bien sûr, Jeffrey était un habitué. Tout comme Sam. Mais il se faisait un point d’honneur à ne rien laisser au hasard. Après tout, ils seraient responsables de quatre personnes. Quatre personnes qui n’avaient aucune expérience de la vie en montagne. En fait, peut-être bien un peu, mais là n’était pas la question. Une fois sa douche prise, il sortit son sac à dos et prit la liste déjà faite sur le dessus de sa commode. Trousse de premiers soins ? Dedans. Bougies, lampes de poche, allumettes, chasse-moustiques, écran solaire, sac de plastique ? Rendus. Linge de rechange ? Sagement plié dans le sac. Vêtements chauds ? Dedans. Même si Jeffrey doutait qu’il ait à les utiliser. Vraiment, avec cette chaleur étouffante, ils devront probablement se servir des vêtements chauds pour s’éponger… Bâton de randonneur ? Près du sac. Poivre de Cayenne, corde, sifflet et fusil tranquillisant ? Sac. Jeffrey regarda sa liste ; il manquait quelque chose. Quoi ? Il n’arrivait pas à mettre le doigt sur l’item manquant. Ce ne fut qu’au bout de plusieurs minutes d’intense réflexion qu’il se souvint : la radio portative ! Sam en aurait eu une attaque… Leur seul moyen de communication s’il arrivait quelque chose à l’un d'eux. Bon. Tout était prêt. Il adorait ces séjours en montagne. Quatorze jours de pure évasion physique et mentale. Quatorze jours de profond bien-être et parfait bonheur. Quatorze jours de chaleur étouffante en compagnie de quatre inconnus en quête d’une vie meilleure et de Mme Revêche. L’homme étouffa un rire. Quelle que soit l’idée d’une vie meilleure que ces quatre inconnus s’étaient fait, ils avaient probablement omis d’inclure une garde forestière au caractère particulièrement déplaisant lorsqu’en compagnie de riches arrogants. Quatorze jours de plaisirs et de situations incontrôlables en perspective donc. Jeffrey n’aurait manqué cela pour tout l’or du monde.

Sam déposa son sac à dos et son bâton et déverrouilla la porte de devant de la cabine qui servait de bureau au Shérif, ainsi que de poste de contrôle pour la surveillance animale. Et d’accueil pour les touristes en mal de découvertes. Comme chaque matin, Sam inspecta rapidement les trois écrans sensoriels ; toujours aucune activité inusitée ou inhabituelle dans les secteurs. Pas vraiment surprenant avec cette chaleur. Il y avait pourtant quelque chose qui clochait, quoique rien ne l’indiquait vraiment. Sam contempla avec plus d’attention les écrans, l’un après l’autre. Le secteur du barrage semblait normal – les traceurs GPS étaient tous en surbrillance, indiquant clairement que les proprios étaient en mouvement constant, mais trop loin pour être repérés et apparaître sur l’écran. Le secteur de la cabine de montagne semblait normal lui aussi. Quoique… Le secteur de la cabine était normalement le plus achalandé. Les ours, lynx et guépards s’y promenaient souvent dans l’espoir de découvrir quelque trésor oublié par les visiteurs. Un sac poubelle rempli de restants de viande. Ou autres victuailles appétissantes. Il y avait donc beaucoup de traceurs GPS qui s’entrecroisaient, faisant ainsi disparaître temporairement la balise croisée. Qui revenait normalement sur l’écran après une ou deux minutes. Trois tout au plus. Attendant la réapparition de la balise, Sam jeta un coup d’œil sur le troisième écran, le secteur du rocher. Où ils emmenaient les visiteurs faire de l’escalade et autres activités hautement supervisées et hautement exténuantes si jamais il prenait l’envie à un ou l’autre des habitants de cette partie de la forêt de vouloir participer à l’activité du jour. Pas pour le moment. Les traceurs se déplaçaient très lentement et par séquence. Hmm. Dotty était encore très protectrice envers ces deux petits. Aucun animal ne voulait se risquer à affronter la maman ours. Sage décision. Sam se prit une note d’apporter une provision de graisse de rôti dans le réfrigérateur. Dotty adorait cela. Et c’était toujours très utile pour éviter les embûches entre deux escalades. Elle jeta un autre coup d’œil à l’écran 2 ; toujours pas de balise réactivée pour Pussycat. Merde. Sam allait devoir partir en éclaireur avant la troupe. Les précéder d’au moins une journée. Elle s’assura que les deux chambres étaient prêtes à accueillir tout le monde. Une chambre pour Jeffrey – lorsqu’ils étaient tous les deux en surveillance, ils alternaient les périodes de sommeil – et l’autre chambre pour les visiteurs. Quatre lits simples étaient mis à disposition – deux en superposés de chaque côté de la petite chambre. Petite mais propre et chaque espace utilisé avec efficacité. Les tablettes avaient été littéralement creusées dans les murs, des tiroirs ajoutés au lit du bas et une penderie derrière la porte qui occupait tout l’espace disponible. Des lampadaires de porte, vissés dans les murs, servaient de lampes de chevet pour chacun des lits. Sam remarqua que les couvre-lits et les rideaux sentaient la fraîcheur des nuits d’été et un sourire étira ses lèvres. Charlie avait fait la lessive. Pas surprenant. Elle devait avoir un lien de parenté avec Superman. Ou Ironman. Au moment où Sam installait sa cartographie sur la table, elle entendit le bruit distinctif de la vieille bagnole de Jeffrey. Suivi du sifflement joyeux de l’homme.
- Salut ma belle. Quelle journée magnifique !
Sam secoua la tête. Toutes les journées étaient magnifiques avec Jeffrey. Peu importait le climat.
- J’en suis ravie pour toi. J’espère que tes amis Donovan seront à l’heure car je devrai partir plus tôt que prévu.
Jeffrey déposa son sac, un air soudain soucieux.
- Dotty ?
Sam secoua de nouveau la tête.
- Pussycat. Nous avons perdu la trace de sa balise voilà environ une dizaine de minutes. Je vais partir en début d’après-midi si rien ne change. La dernière chose que nous voulons est une lynx blessée et désespérée ayant reniflé six victimes potentielles.
- Ce serait plus raisonnable, effectivement. Je garderai donc les invités cette nuit et nous partirons tôt demain matin pour te rejoindre à la cabine.
- Tu les as bien prévenus qu’ils devaient apporter leur sac de couchage ?
- Bien sûr que non. J’espérais faire un Bed-In avec un immense feu de joie afin de partager notre amour commun de la nature…
Sam repoussa Jeffrey qui essayait tant bien que mal de la faire tomber par terre.
- Tu as un sens de l’humour complètement détraqué, Jeffrey. Charlie est une sainte pour t’endurer chaque jour.
- En fait, grâce à nos aventures montagnardes, elle ne m’endure qu’environ la moitié de l’année…
- Ce qui est déjà beaucoup trop, selon moi !
- Jalouse ! Tu sais très bien qu’elle ne pourrait avoir meilleur mari que moi dans la région. Ou dans le monde.
- Tout ce que je sais, c’est que Dieu a eu la brillante idée de ne faire qu’un exemplaire de chaque personne et qu’heureusement, Charlie a hérité de toi !
- Eh bien, tu seras l’heureuse élue pour les quatorze prochains jours ! Quelle veinarde.
- Allez, cesse de flatter ton égo et aide-moi à vérifier notre tracé.


Pendant plus d’une heure, ils vérifièrent les passages, les sentiers et les bornes. Repassant sur chaque endroit pour être certains des repères et des points de ralliement. Sam s’occuperait de la partie escalade et apprentissage du milieu sauvage, tandis que Jeffrey devrait s’occuper de la partie survie en forêt et activités aquatiques. L’un ou l’autre jetait de temps à autre un coup d’œil préoccupé au deuxième écran, espérant chaque fois voir la balise de Pussycat réactivée. Pour chaque fois être un peu plus préoccupés. Toujours pas de trace de la femelle lynx. Ils venaient à peine de ranger leur matériel dans le sac à dos de Sam qu’ils entendirent un véhicule se rapprochant. Nul doute que les visiteurs seraient bientôt à leur porte. La cabine était dans un cul de sac, au fin fond d’une allée bordée de bois. Quiconque se dirigeant vers leur établissement était obligatoirement un visiteur. Les égarés rebroussaient chemin bien avant la cabine. Jeffrey et Sam sortirent donc de la cabine pour accueillir les visiteurs et s’appuyèrent sur le devant du VUS de Sam. Soit les visiteurs avaient une peur maladive de transmettre un quelconque virus par la voie des véhicules, soit ils voulaient garder le véhicule de location aussi brillant qu’un sou neuf. Toujours est-il que le chauffeur stationna le gros véhicule aussi loin du VUS de Sam que possible. Les visiteurs sortirent du véhicule l'un après l’autre, leur sac apparemment lourd sur leur épaule, et se dirigèrent d'un pas décidé vers les deux gardes forestiers. Sam ne put se retenir de murmurer à Jeffrey qui était tout contre elle.
- Super. Les Dalton.
Et Jeffrey espérait sincèrement que son sourire éclatant et ses nombreux signes de la main dissimulaient son fou rire d’où les quatre visiteurs se tenaient. Il ne pouvait qu’admettre que Sam avait raison. Les visiteurs se tenaient dans un ordre tel que les Dalton étaient malheureusement la seule comparaison qui venait à l’esprit.
Je parie qu’Averell Dalton, c’est Garrett Donovan. Portrait tout craché d’un grand intello qui bosse pour une grosse compagnie et reçoit un salaire dans les six chiffres juste pour expliquer les dessins en zigzag à l’écran. Dommage pour Mme Donovan ; elle serait, selon toute vraisemblance, Joe Dalton.
Les Dalton/Donovan, frais et dispos, sourires d’une blancheur éclatante et tous parés de leurs lunettes de soleil Givenchy, s’empressèrent de serrer la main des gardes. « Averell » fit les présentations.
- Bonjour ! Garrett Donovan, mes frères Riley et Cole et ma sœur Leanne.
A l’évidence, les présentations étaient du domaine de Jeffrey et non de Sam. Il s’empressa donc de répondre aux visiteurs.
- Jeffrey Norris, votre guide, garde forestier ainsi que Shérif de cette petite ville. Voici ma coéquipière, qui sera aussi notre garde forestière en chef, Sam Lewis.
Si les visiteurs s’offusquèrent du manque d’enthousiasme de leur garde forestière en chef, rien n’y parut. Mais des lunettes de soleil Givenchy bien noires et bien opaques avaient sûrement l’avantage de cacher plus que les rayons du soleil.
- Vous avez apporté des chapeaux ?
Les quatre visiteurs acquiescèrent, ce qui soulagea Sam. Au moins, elle ou Jeffrey, n’aurait pas à soigner des coups de chaleur sur leurs têtes rougies.
- Bien. Je vous suggère de les garder sur vos têtes et ce, dès maintenant. Avec cette chaleur, il serait fortement déconseillé de vous promener sans chapeau ou casquette. Jeffrey vous expliquera la marche à suivre.
Et elle quitta le groupe pour se diriger vers la cabine, sans plus de préambules.
Jeffrey sourit discrètement. Sam ne perdait jamais de temps en bavardages inutiles. Et, vraisemblablement, cela n’avait pas plu à Garrett Donovan qui avait suivi des yeux Sam.
- Sam n’est pas très bavarde, mais c’est la meilleure garde forestière et guide de la région. Elle connaît les lieux mieux que quiconque. Incluant moi. Par contre, j’éviterais de la provoquer si j’étais vous. Elle a beaucoup d’amis très fidèles dans la montagne…
Si Jeffrey avait une vague idée de qui avait un sens de l’humour dans le groupe, ce lui fut confirmé. Ce n’était ni Garrett ni Cole. Par contre, Leanne et Riley trouvèrent la plaisanterie très drôle.
- Nous ferons sûr de ne pas faire partie de sa liste noire !
- Il pourrait y avoir un léger retard dans la date de départ pour l’expédition. Si tel était le cas, est-ce que vous verriez un inconvénient à partir demain matin plutôt que cet après-midi ? Nous ajouterions une journée supplémentaire à votre forfait.
A l’évidence, Garrett Donovan n’était pas homme à voir ses plans changés. Il retira ses lunettes de soleil et contempla, les yeux plissés, la forêt au loin. Il était aussi évident pour Jeffrey qu’Averell et Sam n’allaient pas s’entendre…
- Pourquoi cela ?
Et la première raison qui vint à l’esprit de Jeffrey fut « pour permettre à Sam de te laisser vivre ». Mais il la ravala et sourit paisiblement à M. Garrett Donovan.
- Parce que nous avons eu des informations à l’effet qu’un des animaux dont nous avons la trace pourrait avoir disparu ou avoir été blessé. Si c’est le cas, nous devons prendre des précautions et nous assurer qu’il n’y aura aucun danger pour quiconque s’aventurerait dans les montagnes.
- Et en quoi cela nous affecterait-il ? Après tout, nous avons payé pour avoir un guide et des gardes forestiers justement pour assurer notre protection…
Alors là, pas question de laisser passer une telle arrogance. Jeffrey était même sur l’impression que les trois autres membres de la famille ne suivaient pas nécessairement le même raisonnement, à en juger par les regards furtifs qu’ils jetaient à leur frère.
- M. Donovan, en admettant que nous partions comme prévu cet après-midi en faisant fi des indications de danger potentiel, je peux vous assurer que ni Sam ni moi ne serions en mesure de vous protéger tous contre une femelle lynx blessée en cavale. Même avec la meilleure arme. Ce qui, de toute façon, est contre le principe fondamental d’un garde forestier. Si vous voulez dépenser votre argent à vous promener sur vingt pieds carrés de boisé surveillé, nous pouvons vous y conduire dès maintenant...

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