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3615 code crime
Auteur : Catherine Doublet
Date de publication : 29/11/2013
isbn : 978-2-9534938-N-2.059

L’histoire se déroule en pleine ascension du minitel rose. La concurrence est rude. Les animateurs sont mal payés, malmenés, souvent en situation précaire. C’est dans ce milieu que Catherine Doublet nous entraîne car un crime atroce va être commis. Nouvelles/Policiers

Remarques :

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

D’une nature discrète, Catherine Doublet aime bien nous faire partager son goût pour les romans policiers. Ses nouvelles trouvent leurs sources dans le quotidien, d’hier ou d’aujourd’hui. Les crimes commis sont un prétexte à une étude des personnages, suspects ou policiers.
Catherine commet aussi d'autres crimes, en écrivant dans des genres différents, mais ça, c’est une autre histoire…

17h00 – vendredi pluvieux. Dans le local sombre, le cliquetis saccadé des claviers emplit l’air.
- Quelqu’un veut du thé ? je vais en faire.
- Oui, moi.
- Moi aussi, ça nous réchauffera. C’est une bonne idée.
Sandrine, une grande blonde bien charpentée, la seule animatrice blonde de l’ensemble des équipes, se lève, emplit une casserole d’eau au lavabo des toilettes et allume le camping-gaz. En attendant que l’eau chauffe, elle regarde autour d’elle. Cet endroit commence à lui sortir par les yeux. Situé au premier étage d’un petit immeuble du Cap18, près de la porte d’Aubervilliers, le local comporte trois pièces. Une unique baie vitrée apporte un peu de lumière du jour dans la pièce principale. Au fond, deux portes ouvrent sur des bureaux de taille relativement réduite. Le bureau de gauche, celui de Jef et Alain, les « hébergés » comme on les appelle, est meublé sommairement d’un bureau, de deux chaises, d’un canapé-lit. Les deux hommes gèrent eux-mêmes leur serveur et se relaient jour et nuit. Ils n’ont pas encore, pour l’instant, les moyens de payer des animateurs. Ils disposent juste d’un ordinateur relié au centre serveur et de deux minitels. Le bureau de droite est réservé aux administrateurs, Fred et Antoine. Ils sont à la fois gérants et propriétaires du centre hébergeur et ont sous leur coupe une équipe de sept animateurs chargés de maintenir, jour et nuit, un trafic continu sur leur site. Ils ont un grand bureau, le gros ordinateur hébergeur, un lit de camp, des armoires et deux ordinateurs plus petits.

La pièce principale, quant à elle, est spacieuse. Le long du mur de gauche s’appuie une longue table qui supporte les huit minitels locaux. A droite, sous la baie vitrée, un bureau et des étagères. L’ordinateur utilisé pour le racolage est là, ainsi qu’un poste de repos : une table, une cafetière, un camping-gaz, quelques tasses éclectiques et des pots contenant café, thé, sucre…

Nous sommes en pleine période d’essor du minitel rose et tout le monde tente de faire son trou dans le milieu. La concurrence est rude, tous les coups sont permis. On racole sur les autres sites plus puissants sans vergogne pour maintenir un nombre correct de connexions.

Un éclairage dru tombe du plafond. Il fera bientôt nuit. La nuit arrive vite en ces mois d’hiver. Dans l’un des deux bureaux du fond, l’ordinateur principal travaille jour et nuit et laisse poindre un léger ronronnement. Durant les cinq jours de la semaine, Sandrine, Pascal et André assurent le service de jour. Christine et Martine arrivent à 20h00 pour le service de nuit. Myriam et Jérôme restent sur place tous les week-ends du vendredi 20h00 au lundi 5h00, se relayant sur le lit de camp du bureau des administrateurs.

Pour le moment, ils sont trois animateurs assis autour de la grande table : Sandrine, André et Pascal. Chacun a deux minitels et passe de l’un à l’autre pour répondre aux messages des « clients ».
Généralement, les « anims » de nuit arrivent à 20h00, mais aujourd’hui tout le monde est convoqué à 18h00.

Sandrine observe ses compagnons. L’eau frissonne dans la casserole. Elle ébouillante la théière, prépare les feuilles de thé dans la boule. Après avoir vidé l’eau, elle place la boule dans la théière et verse le reste de l’eau sur les feuilles. Quelques minutes passent, ponctuées par le cliquetis des doigts sur les claviers des minitels. Le thé infuse.
Pascal et André la remercient quand elle dépose les tasses fumantes près d’eux. La boisson chaude leur fait du bien. Le local est froid, à tous les sens du terme, murs gris, sol en béton, rien de chaleureux ici. La température extérieure avoisine le zéro et les deux radiateurs électriques ne suffisent pas à réchauffer la pièce, trop grande. La baie vitrée ne suffit pas à éclairer. Du plafond tombe la lumière crue de deux ampoules.
- Tu crois qu’ils vont nous donner nos chèques pendant la réunion ? demande André.
- Je n’en sais rien, répond Sandrine, j’espère bien.
- Vous avez été payés le mois dernier ? interroge Pascal.
- Juste reçu un acompte, dit André.
- Moi aussi, intervient Sandrine.
- Ouai, 1500 balles c’est pas bésef, renchérit André.
- C’est c’que j’ai eu aussi, rétorque Pascal.
- Faudrait pas qu’ils recommencent cette fois-ci, bougonne Sandrine.
- Pour moi, ça va, j’ai de quoi tenir encore un peu grâce à mon petit héritage, mais il ne faudrait pas que ça dure longtemps. Tout ça est bien ennuyeux, répond Pascal.
- Pfff, si je ne touche pas le solde aujourd’hui et tout mon mois, je vais avoir de sérieux problèmes. Ils me doivent plus de 7 000,00 francs, reprend Sandrine.
- Quelqu’un sait si les autres ont été payés, questionne encore André.
- Je crois qu’ils ont reçu 1000,00 francs chacun. Martine était très énervée. Elle a menacé de les dénoncer, mais comme elle n’est pas déclarée, je crois, ils n’en ont rien à faire. Elle a vraiment besoin d’argent avec sa petite, dit Pascal.
- On a tous besoin d’argent, explose André. Les loyers ne se payent pas en claquant des doigts. Qu’est-ce qu’ils croient ? On fait le boulot, non ? On devrait être payés normalement.
Chacun s’enferme dans ses pensées. Le cliquetis des claviers reprend de plus belle.
- Au fait. Quelqu’un a des nouvelles de Sylvie ? lance brusquement André.
- Pas depuis qu’elle a été virée, répond Sandrine.
- Quand même c’est vache ce qu’ils ont fait. Elle a été virée par Fred à 4h00 du mat’. Pas de métro, rien pour rentrer chez elle. Elle a dû traverser Paris à pied avec ses béquilles. C’est vraiment vache, hein ? insiste André.
- En plus, il lui devait deux mois et il a refusé de la payer, poursuit Sandrine.
- Pourquoi il l’a virée ? questionne Pascal
- Soit disant parce qu’elle n’avait pas fait de racolage et qu’il ne restait que quelques connectés à 3h00 du matin. Le problème c’est qu’elle était toute seule cette nuit-là. Personne pour faire la raco pendant qu’elle filtrait les entrées. Seul tu peux pas faire les deux en même temps, explique André.
- Sûr, les deux minitels, le filtrage et la raco, c’est pas possible si t’es seul, approuve Pascal. Surtout que l’ordinateur est derrière, de l’autre côté de la pièce.

Chaque animateur, en effet, contrôle deux minitels, l’un pour voir les entrées et sorties, l’autre pour « accrocher » les nouveaux et discuter.
- Comment ça se fait qu’elle était seule ? demande Pascal
- Son binôme avait trouvé du travail et personne l’avait remplacé, répond André.
- Et ni Fred, ni Antoine ne sont restés pour l’aider ? questionne encore Pascal.
- Penses-tu ! Rester la nuit ? Déjà qu’on les voit pas beaucoup dans la journée ! Alors la nuit… rétorque Sandrine.
- C’est qui Karine, blonde pulpeuse ? C’est la première fois qu’on la voit, interrompt André.
- Laisse, c’est moi, répond Pascal en rigolant.
- Euh… blonde pulpeuse, bin mon gars, si les clients te voyaient en vrai ils seraient pas déçus… ajoute Sandrine en éclatant de rire.
- C’est toujours mieux que F ch H. Au moins ça les fait fantasmer. On est là pour ça, non ?
- N’accepte jamais un téléphone, ta voix grave ne trompera personne.
- C’est toi la spécialiste du téléphone, je te laisse faire pour ça. Franchement, ça serait pas mon truc d’écouter un mec se masturber au téléphone. Je sais pas comment tu fais.

 

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