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En attendant l’orage
Auteur : Cary Devilseyes
Date de publication : 10/08/2013
isbn : 978-2-9534938-N-2.052

L’orage menace dans les Causses. Le ciel est noir, les nuages s’accumulent, la chaleur étouffante. Tous attendent que ça claque et ça risque de faire pas mal de dégâts. Mais de là à ce qu’un crime soit commis, quand même !

Remarques :

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

Inutile de chercher à savoir qui je suis. On prétend que ma personnalité est ambiguë et je ne contredirai pas. Pourtant, je suis d’un naturel plutôt gai et enjoué. Alors pourquoi ce besoin de vous entraîner dans mes cauchemars ? Qui sait ? Peut-être pour ne pas m’y enfermer seule.


J’aime écrire. Les mots glissent naturellement sous ma main et je ne les retiens pas que ce soit en prose ou sous forme poétique. Enfin poétique… si on aime les naufrages, les têtes coupées…


Vous avez un imaginaire développé ? Alors ne me lisez surtout pas à la tombée de la nuit, en atmosphère tamisée et feutrée, vous pourriez passer une nuit agitée. Mes univers sont ceux du quotidien pourtant, je vous assure. Mais, comment dire ? Il semblerait qu’à un moment donné, une distorsion particulière nous fasse basculer dans un monde parallèle, un tantinet chaotique…

- P… quelle chaleur ! s’exclama Félicien en entrant dans le bistrot. Bastien, sers-moi un demi bien frais.
Félicien n’était pas du pays, mais il avait su faire sa place ici et s’attirer la sympathie même des plus anciens. Il serra la paluche des quelques consommateurs affalés au comptoir tandis que le serveur s’activait aux manettes.

Il y avait là Fernand, le vieux maraîcher, Antonin du mas de la Ferez, le chevrier, Juste de la ferme du haut spécialisée dans le canard et l’oie, Armand de la ferme du bas, François dont la ferme se perdait dans les Causses et Raymond dont la ferme jouxtait celle du Julien, le meilleur éleveur de la région. Ceux-là s’occupaient d’un beau cheptel de bovins et rivalisaient lors des foires et des concours. Enfin, il y avait Roland, reconverti dans la culture de l’or rouge, le safran.

Tous sirotaient leur verre en silence, l’air accablé sous la chaleur. Les gestes étaient lents, la parole rare.
- Il faudrait que ça éclate vite, déclara le Fernand.
- Pour sûr, lâcha Antonin, après un long silence.
- Ca va ‘core faire du dégât, murmura le François, taciturne.
Quelques minutes pesantes s’étirèrent.
- J’vas rentrer les bêtes cette nuit, elles sont trop nerveuses, faut les entendre cancaner et jacasser.
- Sûr, ça s’ra mieux, intervient le dernier arrivé. Il prit une profonde inspiration, lapa une gorgée de son breuvage, fit une grimace. “Elle est déjà chaude“ ajouta-t-il en reposant son verre.

Le silence se réinstalla. La chaleur était devenue suffocante. On n’entendit, pendant un long moment, que le bruit des mouches tournoyant autour des consommateurs. Personne ne songeait à les chasser. Ils se laissaient harceler, inertes, écrasés, alourdis par cet air oppressant. Le moindre geste coûtait trop en énergie.
- Qui c’est qu’a gagné le concours de la foire, c’week-end ? demanda brusquement Fernand.
- C’est ‘core le Julien, répondit Raymond.
- Ca m’étonne pas, lança Antonin, l’a toujours su s’occuper d’ses vaches. L’a ça dans l’sang.
- Pour sûr, l’a le don, ajouta Fernand. Déjà petit son père le disait.
- Allez j’me rentre avant qu’ça pète, dit Fernand en se levant. Tous l’imitèrent.

*
***

Chaleur étouffante.
Ciel plombé, gris, presque noir.
Les nuages sont si bas qu’ils frôlent les toits en haut du Causse.
Les papillons de nuit s’agglutinent aux vitres, attirés par les lumières.

Julien peste. Cette chaleur écrasante rend les bêtes nerveuses. De la campagne alentour montent des bruits inhabituels : meuglements, bêlements, cancanages. Les oiseaux, eux aussi très excités, pépient à tout va, virevoltent en tous sens.
Julien est en sueur. La Noiraude est sur le point de vêler. Pourvu que ça attende la fin de l’orage. Enervée comme elle, si elle fait ça pendant que ça claque de tous côtés, la mise bas s’avèrera très compliquée. Il a rentré tout son bétail. Inutile de les laisser au pré par ce temps. La foudre pourrait s’abattre n’importe où.

La nuit s’épaissit. On est pourtant tout juste en début de soirée, mais il fait aussi noir qu’à plein minuit. Il n’aime pas ça. L’air s’alourdit encore. Le vent est nul, du coup les nuages ne peuvent que se concentrer davantage, juste au-dessus d’eux, coincés entre les reliefs des Causses. Il jette un œil par la fenêtre. En contrebas on distingue à peine les lumières du village.
La ferme domine toute la vallée. Il a déjà préparé des bougies et la lampe-tempête électrique pour le cas où il aurait à sortir. Il aimerait bien que ça éclate avant l’heure du coucher. Ca le rassurerait. Il ne peut expliquer pourquoi, mais ça le tranquilliserait d’entendre tomber la pluie.

Il se sert un verre de vin. De ce bon vin du coin préparé avec tant de soins et d’attentions par les vignerons de la région. Par cette chaleur, ça n’étanche pas la soif. Il entend les bêtes s’agiter dans l’étable. Il devrait peut-être aller jeter un œil, juste pour s’assurer que tout va bien. Elles semblaient tellement inquiètes ce soir. Cibiche, surtout. Ah ! La Cibiche. Sa Cibiche. Quelle belle bête ! Elle lui en aura fait gagner des concours celle-la.

Il referme la porte de la maison. La lampe-tempête à la main, il s’enfonce dans l’encre de cette nuit orageuse. Au loin, un chien aboie. “L’est bien nerveux aussi le chien du père François, il devrait l’enfermer cette nuit“, pense-t-il en se dirigeant vers l’étable.

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