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Les éclairs au chocolat
Auteur : Françoise Bacelon
Date de publication : 19/07/2013
isbn : 978-2-9534938-N-2.051

Depuis la mort de sa mère, les souvenirs reviennent de ce jour-là. Elle avait six ans, alors, quand elle l’avait trouvée dans la cuisine, en larmes, le menton en sang, le collant déchiré. Elles n’en avaient jamais parlé. Mais la vengeance est un plat qui se mange froid.

Remarques :

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

Pratiquant l’Ikebana, Françoise a souhaité créer ses propres vases et s’est inscrite dans un atelier de terre. Lors d’une exposition, elle a utilisé des cageots vides pour exposer ses œuvres.
« J’ai pensé à ce moment-là que ces cageots avaient la chance de vivre une seconde fois. Et, tout naturellement, je me suis dit qu’un jour j’écrirais la biographie d’un cageot… L’idée de faire parler ceux qui n’ont pas la parole était née.
Une de mes amies m’ayant dit qu’elle aimait à me lire, je me suis, quelques années plus tard, lancée dans l’aventure de la page blanche. Ainsi est né mon premier texte.
J’ai tout de suite aimé donner vie à des objets, par essence sans spiritualité. Mais non sans âme…
Peut-être une manière de transcender le quotidien… »

Née sous le signe de la lune dans Paris libéré, je me suis toujours intéressée aux arts, même sous leurs aspects les plus divers.
C’est curieusement l’art floral japonais, l’Ikebana, qui m’a amenée à l’écriture par des chemins, oh combien, détournés.
Pratiquant cette discipline depuis plus de trente ans maintenant, j’ai eu l’envie, il y a environ 10 ans, de fabriquer mes propres vases. Je me suis donc inscrite à un atelier de terre. Ma production semblant avoir quelque intérêt aux yeux de mon professeur, j’ai organisé une exposition de mes travaux pour laquelle j’ai utilisé des cageots vides de fruits et de légumes comme supports à mes œuvres.

Ses cheveux roux s’étalèrent à la surface de l’eau en une fleur vénéneuse. Marie venait de se laisser glisser au fond de la baignoire.


Elle semblait vouloir se dissoudre dans cette écume mousseuse et ne revint à la surface qu’à la limite de l’asphyxie.


Les membres engourdis par la chaleur du bain, Marie, les yeux clos, se laissa gagner par la torpeur. Elle resta ainsi quelques minutes, sa tête semblant flotter à la surface de l’eau, ses cheveux dégouttant de perles transparentes et irisées.


Ses mains, soudain, se mirent à battre l’eau, ses yeux s’écarquillèrent et elle jaillit hors de la baignoire. Merde ! Il était encore là. Ce n’était plus possible ! Voilà des semaines, qu’il venait la narguer jusque dans ses moments les plus intimes. Plus les semaines passaient et plus sa présence s’imposait à elle, à quelque heure du jour ou de la nuit. Elle n’avait même pas besoin de fermer les yeux pour le voir. Elle était restée cinq années tranquille, sans nouvelles. La mort de sa mère avait, semble t-il, réveillé le monstre.


Enroulée dans son peignoir, elle passa sa main sur le miroir de la salle de bains et scruta son visage. Elle se trouvait encore belle malgré les quelques ridules qui commençaient à tracer leurs sillons; le passé n’avait pas laissé son empreinte. Et pourtant…


Le visage de sa mère se superposa au sien. Même enfant, elle avait toujours trouvé que sa mère paraissait beaucoup plus âgée que celles de ses camarades de classe. Aujourd’hui, elle gardait le souvenir d’un visage fané, sans éclat. En grandissant, elle avait compris que sa mère ne paraissait pas plus âgée que les autres mères, elle était sans âge.


Elle se rappelait du jour où elle avait compris pourquoi sa mère avait ce visage. Le jour où, rentrant de l’école, elle l’avait trouvée recroquevillée sur le carrelage de la cuisine, la pommette gauche tuméfiée, les larmes coulant silencieusement sur ses joues, délavant le sang d’une plaie au menton. Elle revoyait bizarrement que son collant était troué et laissait apercevoir un morceau de sa cuisse. Elle s’était agenouillée près d’elle, sans un mot, l’avait aidée à se relever et elles s’étaient dirigées vers la salle de bains pour que sa mère se passe délicatement un gant de toilette sur le visage. Il ne fut jamais question de ce jour entre elles. C’était un beau jour d’avril et Marie avait 6 ans.


Après, chaque soir, l’estomac de Marie se nouait sur le chemin du retour de l’école. Elle ne pouvait se défaire de l’image de sa mère prostrée sur le carrelage et fermait les yeux au moment d’ouvrir la porte de l’appartement, redoutant de revivre la même scène. Toutes les années pendant lesquelles elle avait vécu chez ses parents, elle avait fermé les yeux à chaque tour de clé dans la serrure. Jamais elle n’avait revu sa mère dans cet état. Par la suite, elle avait toujours fait semblant croire que tout allait bien entre ses parents. C’était, pensait-elle, ce que sa mère attendait d’elle.


Après toutes ces années, elle s’en voulait de ne pas avoir fait un pas vers elle, l’avoir amenée à porter plainte quand, plus grande, elle avait compris que c’était possible. Pourquoi n’avait-elle pas réagi ? Elle n’avait jamais pu répondre à cette question qui la hantait.

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