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La Septième
Auteur : Jean-Louis Laville
Date de publication : 26/02/2013
isbn : 978-2-9534938-N-2.047

Le chiffre 7 est le grand ordonnateur de cette histoire qu’il n’est pas de question de situer, ni où, ni quand.
Un homme seul banalise sa vie, le jour, pour survivre, la nuit, avec deux démons du hasard…

Remarques :

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

« A ces moments que l’on dit perdus, mais que je dirais retrouvés, il m’arrive de rêver, plume en main, et de laisser dériver l’imaginaire sans trop savoir où il mène. » Ainsi se définit Jean-Louis Laville et il est vrai que ses histoires, ses nouvelles ou ses romans se situent dans un monde à la fois réel et parallèle sans qu’on puisse en définir une frontière exacte. On dérive facilement d’un monde à l’autre en se laissant porter par l’écriture limpide, spontanée et riche en images percutantes.


Science fiction ou récit fantastique, on ne saurait dire dans quel genre le classer, peut-être un peu des deux après tout…

Monsieur Septix sortit à cinq heures. Pour aller faire ses courses, de cinq à sept. La nuit s’annonçait déjà.
Le temps était maussade. Monsieur Septix ouvrit son parapluie, avec une moue dubitative qui laissa sur ses lèvres un rictus en accent circonflexe. L’accent s’envola promptement de la bouche de M Septix pour s’en aller rejoindre les nuages. Ne resta que la ciconflexion. Et la circonspection. L’orage menaçait ? Non. Il ne faisait pas assez chaud. Ce mois de novembre appuyé ne permettait plus ces extravagances de températures qui avaient jalonné les mois précédents. Bon. Il ne se passait pas grand-chose dans la vie de M Septix. Il vivait seul dans une maison modeste à la lisière de la ville — moyenne elle aussi. M Septix détestait l’événement. Encore plus l’imprévu. Il abhorrait le moindre écart à ses habitudes, le moindre dérangement à ses rituels, soigneusement orchestrés selon une logique implacable et inamovible. Mais la pluie éventuelle ne constituait pas un événement en soi, c’était bien trop ordinaire qu’il plût dans cette contrée passablement arrosée tout au long de l’année. Dans ce sens, cela convenait à M Septix.
Circonflexion n’existe pas, mais rime avec circonspection et génuflexion. M Septix avait été enfant de chœur, dans son enfance, à l’église paroissiale. Il enviait les thuriféraires, bardés de noir et dentelés de blanc, agitant d’un geste solennel l’encensoir qui répandait cette fumée âcre, mais cependant d’odeur grisante, et faisait rêver l’enfant. Il voulait devenir thuriféraire. En sortant de chez lui et regardant le ciel gris, il adressa un rictus de connivence à l’épicier d’en face qui gobait des mouches (mais par bonheur il n’y en avait pas) au milieu de ses étals. Lequel épicier se mit à penser. Tout d’abord que la pluie promise l’obligerait à ramasser les cageots de fruits et légumes disposés dehors. Puis sa pensée — induite par la moue de circonspection de M Septix — évolua vers d’autres sphères. Sans pour cela constituer un événement, afin de ne point indisposer M Septix.
L’épicier se mit à réfléchir. Il rapprocha le nom de son voisin et client du chiffre 7. Par chance il disposait à l’intérieur de son magasin d’un florilège de 7, tous de couleurs différentes, autant que dans l’arc-en-ciel dont la pluie présumée venait d’orner le ciel fourbu. La vente des sept avait récemment été régularisée par les pouvoirs publics: Violet, Indigo, Bleu, Vert, Jaune, Orange, Pourpre. Le violet se vendait le mieux, surtout lors des grandes festivités de l’été qui importunaient tant M Septix. L’indigo demeurait proche des extases colportées par le ciel. Sous forme d’un vin de vigueur, inhalé par les amoureux ivres de senteurs goulues, le bleu se prélassait quelque part entre le pourpre et l’azur. Jaune et orange reflétaient les murmures d’une foule résignée attendant l’orage.
1 = Rouge
2 = Orange
3 = Jaune
4 = Vert
5 = Bleu
6 = Indigo
7 = Violet
La pensée de l’épicier auréola l’espace alentour d’un halo dont la teinte diffuse prenait la couleur des 7, et déplaçait l’arc-en-ciel autour de son visage — le nimbant d’une teinte compassée. L’aura atteignit M Septix sur le trottoir d’en face, mais se garda bien d’altérer sa quiétude. Constatant que la pluie ne s’avérait pas encore, celui-ci referma son parapluie, et se dirigea d’un pas ferme, mais pondéré, vers sa destination. Laquelle?
En réalité M Septix, après les courses, voulait se rendre à la bibliothèque pour consulter des ouvrages sur . . . l’Ésotérisme. Depuis quelque temps M Septix l’Ordinaire se passionnait pour les arts dits occultes : alchimie, démonologie, spiritisme etc. . . . Il avait même, en étudiant de près certains ouvrages, acquis le pouvoir de contacter certaines entités, fort réputées pour orchestrer les rêves. . .

Il atteignait une TOTALE et absolue volupté lorsqu’il sortait à cinq heures. De cinq à sept. Là, il vivait le sens de sa journée, dans une activité d’une telle ineptie qu’elle était la quintessence de sa démarche quotidienne, le défi au temps, à la mort, car il demeurait quelque chose de pérenne dans cette consécration de l’ordinaire. La mort ne saurait le concerner, car elle n’aurait aucune prise s’il ne dilapidait pas de ce que l’on nomme le temps. M Septix était un homme sans temps. La mort ne peut survenir que dans le temps. Celui qui coule. Coule. Paaaasssse. Et l’on trépasse. Mais lorsque rien ne passe, rien ne coule, lorsqu’on atteint ce point d’orgue de la banalité absolue, le temps se dissout dans une sorte de vacuité transcendantale. M Septix serait immortel. Il garderait pour ses nuits conquises par l’inanité de ses jours le bonheur frénétique, mais non comptabilisé par le temps, consacré à ses amis de par-delà.
Mes nuits sont plus belles que vos jours, pensait-il. À la laideur du temps des cinq heures, dont il voulait offrir la banalité à ses rêves pour qu’ils perdurent; à la monotonie des heures qui structuraient la régularité de ses jours, M Septix opposait ses nuits choisies. Il les nourrissait de ce quotidien, il jouissait, jubilait de cet ordinaire qui le comblait dans l’attente de “sa” nuit prochaine, où de nouveau, il rencontrerait ses monstres préférés,

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