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De l’Oder à l’Oise
Auteur : Laurent Gérard
Date de publication : 19/02/2013
isbn : 978-2-9534938-RT-7.010

L’auteur nous présente, sous la forme d’un journal de campagne, le récit de l’évasion de son père d’un camp de prisonniers et sa traversée de l’Allemagne pour rejoindre la France durant l’année 1943. Un témoignage remuant sur la seconde guerre mondiale, parsemé de péripéties et de moments de solidarité. A lire absolument.

Remarques :

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

Des études secondaires m’ayant permis, grâce à d’excellents professeurs de lettres, de connaître et aimer les grands auteurs classiques français et latins, et incité à développer quelques dispositions naturelles pour l’écriture, j’ai, dès mon adolescence, été tenté de m’exprimer sous couvert de poésie. Après avoir découvert le théâtre de Molière, Corneille, Racine ou autres Victor Hugo, Beaumarchais (ah ! le TNP de l’époque Jean Vilar !), les poètes de la Pléiade, et être tombé, du même coup, amoureux des alexandrins, mon attrait pour l’écriture poétique fut facilité par une autre découverte, ô combien déterminante, celle de Jacques Prévert. Une révélation que de réaliser, à sa lecture, que l’art poétique pouvait être synonyme de toutes les libertés, y compris les plus iconoclastes. Et d’avoir ainsi confirmation par une plume reconnue de la mise en garde effectuée, avec autant de fermeté que de malice, par un des profs, de philo celui-là, évoqués plus haut, à l’endroit d’une espèce présentée, à juste titre, comme redoutable : les imbéciles solennels. Et l’autorisation, pour moi, de succomber à la tentation d’écrire sérieusement sans jamais risquer de me prendre au sérieux…


Mes sources d’inspiration : les amours de jeunesse ou définitives, les drames de ce monde, une période militaire trop longtemps subie, les souvenirs, l’actualité, la vie quoi…


Laurent est un Isarien. Il vit non loin de Clermont avec son épouse. Ancien commerçant aujourd’hui retraité, il mène une vie très active notamment dans le domaine sportif.

17 Juin 1943

C’était un jeudi. En préparation d’évasion depuis Avril, je n’ai jamais pu profiter d’un wagon en partance pour la France depuis la gare de Peitz, trop éloignée de mon affectation dans un Kommando de culture. A ce jour, 24 camarades du Kommando de Peitz ont réussi leur évasion par ce moyen. Aujourd’hui, avisé qu’un wagon est en préparation de transport de matériel vers la France, je suis bien décidé à anticiper en me cachant dans un secteur proche de la gare, en l’attente du départ. Trois camarades seront de l‘aventure. J’ai commencé mes préparatifs, en vendant pas mal de choses, ce qui me permet de disposer de 300 RM. Je possède un pantalon confectionné dans une toile de tente, teint en noir, une veste civile, une casquette de cheminot neuve, une paire de chaussures de cycliste fort opportunes, comme on le verra par la suite. Je suis rentré de mon travail à l’heure habituelle en cachant sous ma veste une sacoche en cuir, subtilisée à mon employeur, ainsi qu’une pince universelle dont j’ai pensé qu’elle pourrait m’être bien utile pour le voyage en wagon. Mon camarade A. M. m’a rapporté un sac tyrolien de chez son patron. Il m’aide à faire mes derniers préparatifs, en compagnie d’A. L. un copain originaire, comme moi, de Clermont/Oise. J’emporte pour environ dix jours de vivres, composés de sucre, chocolat, biscuits de guerre, conserves, ainsi qu’un bidon de deux litres d’eau. Je possède, en outre, un nécessaire de toilette, un tube d’aspirine qui s’avèrera bien utile, tout comme mes deux cartes routières et enfin des cigarettes et allumettes et une paire d’espadrilles à semelles de corde. Pour ne pas éveiller les soupçons, je me couche à l’heure de l’appel, mais tout habillé et fais mine de dormir lorsque passe le gardien. Quand tout est endormi, je descelle un barreau de la fenêtre du dortoir et fais mes adieux à mes très bons camarades. Je plonge la tête la première, A.L., le cœur gros, me passe veste et bagages. Il est environ minuit. Je quitte le village de Preilack. La ligne de chemin de fer se trouve à 500 mètres. Je la rejoins à travers champs. Au bout de dix minutes, je suis trempé de sueur, avec mes 15 kgs sur les épaules. Pour éviter le poste de garde-barrière, je traverse un champ de seigle et empreinte un chemin de terre afin d’éviter la ville de Peitz. J’aperçois deux cheminots et n’ai que le temps de me coucher à terre. Ils ont entendu du bruit, s’arrêtent puis passent à quelques mètres de moi, sans me voir. Aussi, j’emprunte, de nouveau, champs, jardins, escaladant murs et haies. Je longe la rivière Malxe, trop large et profonde pour la traverser, mais trouve rapidement un pont. Vers 1 heure, je parviens au lieu de rendez-vous, à la Wolvery-Fabrik de Peitz-Ottendorf, usine de cardage de vieux chiffons. Après une heure d’attente, mes camarades arrivent, à mon grand soulagement. Ils ont été retardés par la ronde du veilleur de nuit. La casquette de la Reichsbahn qui me coiffe les avait quelque peu effrayés. Je suis surpris de constater que l’effectif prévu de trois s’est enrichi d’un élément. En effet, F.B., qui en est à sa quatrième tentative d’évasion, s’est joint à P.B., G.C. et P.R. qui, lui, en est à sa sixième tentative, après avoir été repris deux fois en France ! Nous pénétrons dans l’usine par une porte depuis longtemps condamnée et nous installons à tâtons, en attendant que le jour se lève. Je suis trempé, j’ai froid, je m’enveloppe dans des toiles d’emballage, mais ne parviens pas à m’endormir.

18 Juin 1943

Il fait enfin jour, nous nous installons un peu plus confortablement en attendant l’arrivée des ouvrières à 8h30. A un mètre au-dessus de nous se trouve un atelier de réparation de toiles d’emballage et le hall contigu à notre cachette est un pressoir pour les balles de laine cardée. La plupart des employés sont des prisonniers français qui ont accepté de nous aider. A 8 heures, l’un d’eux nous apporte le café, communément appelé le jus, dans un bidon qu’il dépose à l’endroit convenu. Nous dormons à tour de rôle, ceux qui demeurent éveillés ayant mission de s’opposer aux ronflements intempestifs. Dans la matinée, nous connaissons une sérieuse alerte : une employée se hisse sur les emballages qui nous dissimulent, à la recherche de toiles, et manque de marcher sur F.B. qui ne bronche pas. Heureusement, le prisonnier qui l’accompagne la persuade qu’elle ne trouvera pas en ce lieu ce qu’elle cherche et il fait si noir, là où nous nous trouvons, qu’elle n’a rien pu découvrir, mais nous avons eu chaud ! Aussi, nous profitons de la pause déjeuner, pendant laquelle nous sommes seuls dans la place, pour améliorer notre protection. Serrés les uns contre les autres, respirant à l’économie, nous apprécions de pouvoir sortir de notre trou après la ronde du concierge, qui ferme toutes les portes vers 21 heures. Nous sommes tranquilles jusque 6h30.

19 Juin 1943

Troisième anniversaire de ma captivité, mais pas encore libre. Jus comme hier. La journée se passe à dormir. P.B. souffre d’une forte angine. Nous sommes inquiets pour lui dont le genou hérite de surcroît d’un énorme furoncle. Cette nuit F.B. et G.C. sont chargés d’aller nous ravitailler en eau dans une villa voisine, mais doivent renoncer, ayant provoqué les aboiements des chiens du concierge. Nous avons très soif.

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