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Noces d’émeraude
Auteur : Françoise Bacelon
Date de publication : 17/10/2012
isbn : 978-2-9534938-N-2.041

Quarante ans. Quarante années de mariage, ça compte dans une vie. Il aimerait marquer cette date par un cadeau spécial, de ces cadeaux qui restent gravés dans la mémoire. Quelque chose de personnel, de particulier. Il doit trouver une idée pour le jour J.

Remarques :

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

Pratiquant l’Ikebana, Françoise a souhaité créer ses propres vases et s’est inscrite dans un atelier de terre. Lors d’une exposition, elle a utilisé des cageots vides pour exposer ses œuvres.
« J’ai pensé à ce moment-là que ces cageots avaient la chance de vivre une seconde fois. Et, tout naturellement, je me suis dit qu’un jour j’écrirais la biographie d’un cageot… L’idée de faire parler ceux qui n’ont pas la parole était née.
Une de mes amies m’ayant dit qu’elle aimait à me lire, je me suis, quelques années plus tard, lancée dans l’aventure de la page blanche. Ainsi est né mon premier texte.
J’ai tout de suite aimé donner vie à des objets, par essence sans spiritualité. Mais non sans âme…
Peut-être une manière de transcender le quotidien… »

Née sous le signe de la lune dans Paris libéré, je me suis toujours intéressée aux arts, même sous leurs aspects les plus divers.
C’est curieusement l’art floral japonais, l’Ikebana, qui m’a amenée à l’écriture par des chemins, oh combien, détournés.
Pratiquant cette discipline depuis plus de trente ans maintenant, j’ai eu l’envie, il y a environ 10 ans, de fabriquer mes propres vases. Je me suis donc inscrite à un atelier de terre. Ma production semblant avoir quelque intérêt aux yeux de mon professeur, j’ai organisé une exposition de mes travaux pour laquelle j’ai utilisé des cageots vides de fruits et de légumes comme supports à mes œuvres.

L’échéance se rapprochait à toute allure et il n’avait toujours rien trouvé.

Ce n’était pas faute d’y réfléchir depuis des semaines, des mois presque.

40 ans de mariage, il fallait quand même qu’il marque le coup. Il était bien décidé à lui faire un beau cadeau. Non, pas un beau cadeau, un cadeau exceptionnel. Le quarantième. Il se les rappelait tous, du premier au 39ème.

Les premières années, il avait fait selon ses moyens, c’est-à-dire pas grand-chose : un bouquet, un livre, un disque. Puis les cadeaux étaient devenus plus luxueux à mesure que son compte en banque grossissait : des sous-vêtements en soie, une montre. Pour leur 30ème anniversaire, il lui avait offert la robe griffée qui l’avait éblouie rue du Faubourg Saint-Honoré.

2 000 € quand même.

Chaque fois il avait su qu’il lui faisait plaisir, vraiment plaisir. Et il avait toujours veillé à ce que son cadeau soit personnel, vraiment personnel.

C’est pour cela qu’il ne lui offrait pas un voyage. Ce qui ne les empêcherait pas de partir ensemble dans deux ou trois mois faire cette croisière sur le Nil dont ils rêvaient depuis si longtemps.

***

Le nez dans son journal, il faisait semblant de lire pendant qu’elle s’échinait sur sa grille de mots croisés. Il glissa un œil par-dessus sa revue pour la regarder, espérant peut-être trouver l’inspiration. Lovée dans le vieux fauteuil en cuir, elle se mordait la lèvre inférieure comme si cela pouvait l’aider à vaincre cette fichue définition qui lui faisait un pied de nez depuis un long moment déjà.

Plus de 40 ans qu’il vivait avec elle et parfois il lui semblait ne pas la connaître, la reconnaître. Non pas qu’elle s’efforçât de cacher sa vraie nature, mais son tempérament fantasque, mouvant, rendait parfois sa perception difficile. Ses changements de comportement pouvaient la rendre insaisissable. Il ne s’en était jamais plaint ; au contraire. Il avait souvent eu l’impression pendant toutes ces années de vivre avec plusieurs femmes.

Non pas qu’il se rêvât en chef de tribu polygame mais elle lui avait toujours évité de s’ennuyer. Sur quarante ans de vie commune, c’était déjà un exploit en soi. Cela posait aussi des limites. Comme elle n’avait rien laissé transpirer de ses désirs, il se sentait incapable de les deviner. D’en deviner même un seul. Et il restait à son point de départ. Que pouvait-il lui offrir ?

***

Elle venait de lâcher son journal et à la façon dont elle l’avait replié la définition diabolique avait dû lui résister. Il haussa les épaules. Il la connaissait. Elle ne s’arrêterait pas là. Cela prendrait le temps qu’il faudrait mais elle finirait par l’avoir, à l’usure.

S’il y avait bien un trait constant dans son tempérament c’était sa persévérance. Jamais en plus de quarante ans, il ne l’avait vu renoncer. Lui, il lui était arrivé de baisser les bras ; elle, jamais. Il admirait sa ténacité qui, parfois aussi, lui faisait peur. Cette volonté de ne rien abandonner lui semblait presque inhumaine. Quelle part obscure de son passé l’obligeait à ne jamais lâcher prise ? Ne jamais vouloir s’avouer vaincue ? Elle ne lui avait rien caché de son enfance et de sa vie passée. Rien dans ce qu’il connaissait de son histoire n’expliquait cette hargne à ne jamais abdiquer.

Sans doute s’agissait-il de quelque chose dont elle n’avait pas elle-même conscience. Quelque chose d’enfoui si profondément que c’était comme si cela n’avait jamais existé.

***

On était mardi. Les jours filaient beaucoup trop vite. Encore plus vite que d’habitude. Ce matin, à son réveil, sa première pensée avait été de compter combien il lui restait de temps avant la date fatidique. Quatre jours. Il ne lui restait que quatre petits jours.

La veille au soir il avait essayé de la sonder. En vain. Elle n’avait rien lâché.

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