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Auteur : Françoise Bacelon
Date de publication : 19/01/2012
isbn : 978-2-9534938-N-2.035

Pourquoi est-il dans ce train ? Pourquoi l’a-t-il suivie ? Quel instinct l’a poussé, en dehors de toute logique, à se retrouver dans cette situation absurde ? Le chat l’attend, chez lui, impatient de dîner, et lui, comme un imbécile, est assis dans ce train qui le mène il ne sait où, à la recherche d’il ne sait quoi…

Remarques :

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

Pratiquant l’Ikebana, Françoise a souhaité créer ses propres vases et s’est inscrite dans un atelier de terre. Lors d’une exposition, elle a utilisé des cageots vides pour exposer ses œuvres.
« J’ai pensé à ce moment-là que ces cageots avaient la chance de vivre une seconde fois. Et, tout naturellement, je me suis dit qu’un jour j’écrirais la biographie d’un cageot… L’idée de faire parler ceux qui n’ont pas la parole était née.
Une de mes amies m’ayant dit qu’elle aimait à me lire, je me suis, quelques années plus tard, lancée dans l’aventure de la page blanche. Ainsi est né mon premier texte.
J’ai tout de suite aimé donner vie à des objets, par essence sans spiritualité. Mais non sans âme…
Peut-être une manière de transcender le quotidien… »

Née sous le signe de la lune dans Paris libéré, je me suis toujours intéressée aux arts, même sous leurs aspects les plus divers.
C’est curieusement l’art floral japonais, l’Ikebana, qui m’a amenée à l’écriture par des chemins, oh combien, détournés.

Pratiquant cette discipline depuis plus de trente ans maintenant, j’ai eu l’envie, il y a environ 10 ans, de fabriquer mes propres vases. Je me suis donc inscrite à un atelier de terre. Ma production semblant avoir quelque intérêt aux yeux de mon professeur, j’ai organisé une exposition de mes travaux pour laquelle j’ai utilisé des cageots vides de fruits et de légumes comme supports à mes œuvres.

Le train venait de s’ébranler. La ville et le brouhaha s’éloignaient dans cet après-midi de fin août. L’animation dans le wagon s’était calmée après l’agitation du départ et seul le bruit des roues scandait le silence. Le front collé à la vitre, il regardait, sans le voir, le paysage défiler au ralenti.

Pourquoi, alors qu’il devrait être chez lui dans son fauteuil à lire son journal, était-il assis dans ce wagon de seconde classe en direction de…
D’où au fait ? Il avait déjà oublié.

Que faisait-il dans ce train ? Il la suivait, bien sûr ! Mais pourquoi la suivait-il ? Il était incapable de répondre à cette question.

Une heure plus tôt, il descendait les marches pour accéder au quai et prendre son métro, bougonnant contre lui-même. Jamais il n’aurait dû perdre la dernière partie d’échecs. Quel imbécile, il s’était fait avoir comme un bleu !

Et puis, il l’avait croisée. Vêtue d’une robe de cotonnade fleurie un peu démodée et de chaussures à talons compensés, sa queue-de-cheval blonde s’agitant à chacun de ses efforts, elle traînait une lourde valise qu’elle tirait pour lui faire grimper l’escalier.

Sans réfléchir, il avait fait demi-tour et l’avait suivie. Et maintenant il était assis dans ce train, deux sièges derrière elle. Quand il avait vu qu’elle se dirigeait vers la gare et ensuite vers le quai n° 12, il s’était empressé de prendre un billet pour le terminus ne sachant où elle devait descendre.
Il devait la suivre, jusqu’au bout.

Il regarda sa montre et se rendit compte qu’il disposait d’une bonne heure avant le premier arrêt. Il n’avait même pas eu le temps, à la gare, d’acheter un journal ; le sien était sagement plié sur son fauteuil, chez lui. Il n’avait rien à faire, qu’à attendre. Il programma son téléphone portable pour un réveil une heure plus tard et s’endormit bercé par le roulis.

La sonnerie le fit sursauter ainsi que son voisin, qui, plongé dans son écran d’ordinateur, lui jeta un regard assassin. Ce petit somme lui avait fait beaucoup de bien, mais reprenant rapidement pied dans la réalité, il ne savait toujours pas pourquoi il était dans ce train. Pourquoi la suivait-il ? Il jeta un rapide coup d’œil dans sa direction. Deux rangs devant lui, elle était toujours là, sagement penchée sur une revue qu’il imagina féminine.

Quel âge pouvait-elle avoir ? Vingt six, vingt sept ans ? Moins de trente, en tous cas. Mince sans être menue, d’une taille moyenne pour une fille d’aujourd’hui. Un mètre soixante-huit, soixante-dix. Elle semblait ne pas avoir bougé depuis le départ.

Le train ralentissait, maintenant. Il regarda sa montre. 16 h 40. Le premier arrêt se profilait quelques centaines de mètres plus loin. Elle ne se leva pas. Elle n’avait visiblement pas l’intention de descendre.
Il disposait de 35 minutes pour réfléchir avant une nouvelle halte. Ou de 55 si elle avait décidé d’aller jusqu’au terminus.

Il avait envie d’aller boire un café au bar mais hésitait à quitter son siège ; il savait qu’elle ne pouvait aller nulle part mais cela l’ennuyait de la perdre de vue. Il se raisonna, haussa les épaules, attendit que le train quitte la gare et enjamba son voisin qui maintenant somnolait le casque vissé sur les oreilles.

Revenu à sa place, il constata avec soulagement qu’elle était toujours assise à la sienne. Il devenait complètement maboule : le contraire était absolument impossible et cette fille commençait à lui manger la cervelle.

Qu’est-ce qu’il fichait là alors que son chat attendait son repas du soir et qu’Arte retransmettait « La Traviata » en direct de la Phenice à 20 h 30 ?

Il ne se reconnaissait plus. Jamais il n’avait succombé à un tel coup de tête sans raison aucune. Il allait descendre au prochain arrêt et reprendre le train dans l’autre sens. Mais y en aurait-il un avant demain matin ?

Elle venait de se lever. Il la suivit des yeux et son cœur se mit à tambouriner à l’intérieur de sa poitrine. Et si elle avait décidé de sauter du train ? Il devenait fou ! Pourquoi sauterait-elle d’un train en marche ? Elle n’avait pas l’apparence de quelqu’un au bord du suicide. Il s’obligea à respirer profondément : elle se dirigeait vers les toilettes. Il se mit à regarder le paysage à travers la vitre maculée. Il ne fallait pas, quand elle remonterait l’allée, que leurs regards se croisent. Qu’elle enregistre sa présence. Il jeta un coup d’œil à son poignet : 17 h et quelques minutes. Le prochain arrêt était dans moins d’un quart d’heure.

Que son absence était longue ! Peut-être en avait-elle profité pour aller
boire quelque chose. Peut-être se dégourdissait-elle les jambes. Les secondes s’étiraient en heures interminables. Puis il la vit revenir et s’asseoir. 17 h 08.
Elle avait repris sa pose et son journal. Peu de probabilités qu’elle descende.

Il avait déjà oublié qu’il projetait de faire demi-tour à la prochaine station et s’enfonça dans son siège pour la dernière demi-heure.

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