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Le Banc des Pauvres
Auteur : Sermanu
Date de publication : 17/05/2010
isbn : 978-2-9534938-A-1.030

Le banc des pauvres est une déclinaison d’un même sujet, traité "à la manière de..." au gré des humeurs de l’auteur et de son goût pour un certain nombre d’auteurs.

Traité de différentes manières, ce sujet : la pauvreté, revêt un regard neuf et très particulier sous l’oeil acéré de Serge Bernard, dont les styles variés peuvent varier parfois, mais restent justes et incisifs.

De très beaux textes, traités de manières diverses, on peut parler d’exercice de style, mais c’est surtout un témoignage poignant et caustique de phénomènes que nous côtoyons au quotidien.

L’écriture de Serge est remarquable en tous points. Un futur grand auteur en perspective si on veut bien lui donner sa chance. Ce que nous faisons avec bonheur !

Remarques : Recueil

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

Voici un auteur de talent. Que ce soit dans le style descriptif, pour nous faire découvrir sa campagne normande ou dans le style parodié, il excelle dans l’écriture et vous apprécierez son esprit mordant, sans toutefois tomber dans la méchanceté.

Nous vous proposons de découvrir son monde, un monde à part, le monde de ceux qui souffrent sans gémir, de ceux qui envient sans jalouser. Un monde particulier que nous côtoyons tous les jours, peuplé d’êtres auprès desquels nous passons sans les voir ou en feignant de les ignorer. Usant du style de Philippe Djian, Hervé Bazin, Alphonse Boudard, Jack Kerouac, et de son propre style, Serge nous parle de ce banc, lieu de rencontre insolite et pourtant offert à tous.

« J’aime l’introspection donc j’ analyse bien mes pensées et mes sentiments.
La vie originale que je mène me permet de posséder une vision originale de la société qui se ressent dans mes écrits ».
« J’habite à Bayeux, entre ville et campagne, dans un quartier populaire et vivant.
J’ai la quarantaine encore un peu adolescente ».

...

Partout et aussi dans sa bouche et sur ses mains flottait un air bleu doux et un peu mou. La ville entière bougeait lentement autour de lui qui restait assis. Immobile, comme pris dans une gangue, vague sentiment paranoïde ou au contraire mégalomaniaque. Il se sentait trop ou trop peu de chose parmi ces gens qui commençaient à s’affairer autour de lui.

Il aurait aimé être le centre de gravité autour duquel se seraient mus les automobiles et les badauds. Mais qui ne rêverait de devenir l’axe imaginaire de la ville et qui n’en éprouverait pas le vertige ?

Seul un personnage public peut ressentir une telle sensation, un plaisir, sans être broyé par tant de sollicitations extérieures.

Personne ne le regardait, les gens préférant se contempler dans le reflet flou des devantures des magasins.

Il ne s’en rendait pas compte, mais la ville n’avait tout simplement que faire de cet homme seul et mal habillé, immobile, perdu, une cigarette à la main, dans ses pensées profondes.

 

 **** 

Parfois, le semi-clochard levait la main qu’il avait grise et marron comme la tête. Il disait bonjour à des connaissances aussi dépenaillées que lui. Le jeune homme tendait la main à son tour pour des gens qu’il ne connaissait pas, piliers de bar plus ou moins déséquilibrés, tandis que son camarade de galère qui semblait avoir gratté le bitume avec ses ongles sortait d’une de ses poches crevées un sachet en plastique serti à chaud. Il se voyait offrir par l’autre une feuille de papier à rouler qu’il accueillait gravement. La saveur du jour l’attendait, cette brûlure à la fois âcre et douce, cette carbonisation moelleuse et rude d’herbes mélangées. Le paquet était vide hormis quelques grains de tabac. L’objet symbolisait l’existence du bonhomme, éphémère et fumeuse comme la première bouffée du matin. Cette constatation le fit déglutir ; il allait devoir se passer de tabac jusqu’au lendemain. La journée s’annonçait aride, privée de la caresse du papier Risles sur la bouche et entre les premières phalanges de son index et de son majeur.

***

A l’époque, dans ma souvenance, l’histoire se passait au printemps, le premier printemps de l’ère sarkozienne. Le nouveau président inaugurait un style new-look, inédit, bronzage jet-set, même que ça en enthousiasmait plus d’un clampin, la France presque entière. J’étais pas allé déposer mon bulletin dans l’urne, Vième République finissante, VIième avortée avant d’avoir été conçue… J’entravais pas trop la coupure. J’entravais juste aucun espoir d’améliorer toutes sortes de pauvres d’esprit et de morlingues comme merzigue. Déjà que j’avais assez d’AAH pour la graille, le logement et, bien sûr, le petit gris. 

La ville batifolait sur un air d’Abdel Malik de Bazbaz. Un peu follettes les terrasses refleurissaient. On avait soif de s’y asseoir pour se mouiller la barbe et aussi, hypocrites, zieuter les corps des filles qui peu à peu se dénudaient.

Assis sur le banc de pierre en face de chez Yann, un bar très coté chez les lycéens, - il y avait des concerts gratuits-, je serais bien allé m’envoyer un godet de derrière la cravate, ustensile vestimentaire que je dois avouer n’avoir jamais porté, mes finances ne me le permettant pas, ma curatelle me serrant les cordons de la bourse d’une manière aussi sèche et sévère que s’il s’était agi, pardonnez mes écarts de langage, belle lectrice, de mes couilles.

Il faut absoudre mes trivialités car mes six cents euros par mois me causent bien des soucis. Mon idéal, aller bouffer dans un resto de luxe plutôt que dans l’immonde et désastreux Foyer des Jeunes Travailleurs. Bien sûr, c’est plus bonnard que les restos du cœur, néanmoins, l’accueil y est moins chaleureux....

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