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Sourire d’encre
Auteur : Jean-Louis Laville
Date de publication : 16/05/2011
isbn : 978-2-9534938-Ro-4.009

L’auteur nous entraîne dans un monde à mi-chemin entre le rêve et la réalité, entre l’amour et l’oubli.

Les personnages insolites qu’il nous invite à rencontrer sont à la fois si vrais et si étranges que l’on hésite, parfois, lors de la lecture entre l’imaginaire ou le concret.

Et l’on navigue ainsi, d’un monde à l’autre autour d’une femme, de l’alphabet, au bord de la mer, dans la Bretagne propice aux légendes insolites.

Voici le résumé produit par l’auteur lui-même :

"L’histoire se passe autour de la lettre K: Catherine, que son amoureux appelle Kathe, abandonnera celui-ci au terme d’une enfance peuplée de jeux de mots et de mer, orchestrés de loin par le “magicien d’onde” lequel dans la vie ordinaire porta le nom de W A Mozart. Entre les romances et les personnages créés par lui au cours des âges — y compris l’âge d’aimer — tous recherchent, au long d’une triste vie d’adulte — le filigrane de leurs rêves afin de revenir dans la grotte merveilleuse inventée dans l’enfance."


Remarques : Un ouvrage rare qui a été publié aux éditions Amalthée et qui est aujourd’hui épuisé.

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

A ces moments que l’on dit perdus, mais que je dirais retrouvés, il m’arrive de rêver, plume en main, et de laisser dériver l’maginaire sans trop savoir où il mène. D’où ce conte à la fois merveilleux et cruel, l’histoire de ce que l’on nomme un grand amour qui s’éparpille dans une illusion fantasmatique. L’amoureux et sa belle sont l’objet d’une curieuse équivoque: ni l’un ni l’autre ne sont réellement humains. Cette “Poupée-Miracle” tient à la fois de la Science-fiction et du fantastique. Mais la chose appelée “amour” ne relève-t-elle pas constamment de l’une comme de l’autre?

Je revois encore cette côte et sa plage terminée d’une lame rocheuse pénétrant l’océan –que l’on appelait le Cap Autre. D’ordinaire si paisible à l’entour, la mer retrouvait quelque énergie secrète pour harceler ce lambeau de terre insolente : des vagues énormes sourdaient à quelques mètres des récifs et déferlaient bruyamment aux abords du Cap réputé fort dangereux pour les baigneurs et les plaisanciers, et plus d’un navire vint s’y fracasser par temps calme, alors que rien ne laissait prévoir une telle catastrophe. La violence soudaine des eaux autour du Cap contrastait d’ailleurs singulièrement avec la quiétude environnante. J’étais pourtant très attiré par cet endroit, surtout à la fin du jour, alors qu’une lune fractionnaire commençait de lui disputer un éclat qui s’estompait. J’aimais poser ma poitrine contre la muraille lisse du Cap pour sentir résonner en moi le choc des eaux, et rêver de longues heures ainsi crucifié contre le roc. Certains soirs, mon amie Catherine venait me rejoindre : elle m’approchait à pas furtifs, comme une ombre, avec l’intention de me surprendre. Le plus souvent, je feignais de sursauter pour conserver à ce jeu une sorte de rituel qui nous fascinait tous les deux. Le plus étonnant est que personne ne se préoccupait de ces escapades crépusculaires : Catherine était encore à l’âge où l’on ne vagabonde guère aux heures tardives proches de la nuit. Elle jouissait en fait d’une assez grande liberté. Le clocher voisin nous avisait –lorsqu’il égrenait son dixième coup- que l’heure était venue de regagner nos demeures. Pourtant Cathe (ainsi l’appelais-je, davantage pour formuler un nom qui nous ressemble que par goût des sobriquets ou des abréviations) aurait aimé entendre les douze coups de minuit. Nous avions même envisagé de soudoyer le sonneur pour satisfaire ce désir, mais on nous apprit au village qu’il n’existait pas de sonneur, que le curé lui-même se chargeait de manœuvrer l’unique cloche. Il voulait même faire acheter par la municipalité un carillon automatique, car son grand âge lui rendait cette tâche difficile. Donc pas de sonneur. Alors nous en inventâmes un. Ainsi, un jeune garçon malingre et efflanqué, et qui passait pour simple d’esprit auprès des gens du village, fut virtuellement investi de cette fonction. Il ne manifesta pourtant aucun étonnement lorsque, le rencontrant incidemment nous lui criâmes “Salut à toi, carillonneur !“, et nous répondit d’un demi-sourire. Une ancienne cabane de douanier isolée au bord de la falaise et plus ou moins envahie de ronces et d’orties lui servit de demeure : la maison du sonneur. C’est là que nous lui rendîmes visite un soir pour le prier de sonner les douze coups de minuit à dix heures. En vérité, la nuit totale nous inquiétait, alors nous nous séparions et chacun repartait dans des directions opposées : j’habitais dans le village, la maison de Catherine se trouvait dans un endroit isolé de l’autre côté de la crique, sur le promontoire au-dessus du Cap. Du moins l’affirma-t-elle lors de notre première rencontre ; “j’habite la grande maison sur le Cap Autre“. Suivit une description assez précise de celle-ci. Or je n’avais remarqué aucune habitation dans ces parages. Le promontoire qui surplombait le Cap était en effet d’un accès fort difficile. Il s’entourait d’un réseau presque infranchissable de rocs, de broussailles, de ronces et de genêts. Le chèvrefeuille et la bruyère s’y mêlaient en une harmonie paradoxale. Je ne m’étais pas encore aventuré par là, car j’attribuais à ces lieux (comme bien des gens du village) je ne sais trop quel charme maléfique. Cependant, en plein jour, on distinguait bien de la plage le sommet arrondi du promontoire, recouvert d’une herbe rase, desséchée, dont la couleur d’un vert mat et jaunissant contrastait nettement avec les environs : une villa de grande dimension –ainsi la qualifiait Catherine- y serait nettement visible.

J’en fis la remarque à mon amie. Elle me répondit que l’éclat trop vif du jour ne permettait pas de la distinguer. Elle y vivait avec son père ; un autre personnage qu’elle appelait “le Capitaine“ séjournait avec eux. Tous trois menaient une vie solitaire. Les deux hommes sortaient rarement. Le père de Catherine restait le plus souvent enfermé dans son bureau, prostré dans le souvenir de sa femme disparue depuis plusieurs années. Catherine n’avait que trois ans lorsque sa mère mourut et, de celle-ci, elle ne se rappelait plus rien, sauf une image brève et pourtant précise : dans un port au bout d’un quai, sa mère, qui portait une robe de couleur claire mais sans éclat, lui désignant du doigt la direction d’un pays nommé Angleterre.

L’Angleterre revenait souvent dans les propos de Catherine : elle avait dû y séjourner plusieurs années –du moins c’est ce que je déduisais des allusions qu’elle faisait au cours de nos conversations à des personnes ou des situations vécues outre- Manche. Car elle ne racontait jamais vraiment quelque chose de continu dans le temps. La réalité de ce qu’elle avait vécu ne semblait qu’un support accessoire, mais évidemment indispensable, d’une vie autre. Autre, mais pas exactement imaginaire : une certaine façon de modifier un détail dans la narration d’un événement banal au premier abord, d’ajouter une fine touche de pittoresque, de réduire subrepticement ou d’amplifier le cours des choses, et le résultat n’apparaissait plus comme tout à fait réel, bien qu’aucun élément n’en fût véritablement fictif. Ainsi, même après de longs échanges, je connaissais bien peu de la vie de Catherine. A mes questions précises à ce sujet, elle faisait des réponses ambiguës ou dilatoires, mais toujours exprimées de façon péremptoire –qui rendait superflue toute demande d’explication supplémentaire. Par exemple, je n’arrivais pas à savoir qui était vraiment le “Capitaine“ : ma jeune compagne éludait tranquillement toute question le concernant.

Lorsque je lui demandai quand et combien de temps elle avait vécu en Angleterre, elle me répondit : “Oh, je ne dirais que j’y ai vraiment vécu, non, euh…, seulement trois jours, un mois par-ci par-là, cela dépendait du travail de mon père“. Et elle parlait de tout autre chose, ou plus exactement reprenait le fil, interrompu par ma question, d’un propos très cohérent en dépit des apparences, mais dont la trame obéissait aux impulsions secrètes de sa vie intérieure. Pourtant, elle évoqua à plusieurs reprises des personnes, des amis rencontrés là-bas, ainsi qu’une maison, un “cottage“ où elle habitait avec son père dans la banlieue d’une ville anglaise. Loin de me déplaire, ce flou dont Cathe s’entourait me fascinait et lui attribuait à mes yeux un charme particulier. Elle m’interrogeait rarement, mais écoutait toujours avec attention ce que je lui disais. Nous avions des discussions passionnées sur la vie, la mort, nous échangions nos poèmes favoris. Je lui récitais la “Chanson du Mal-Aimé“, elle me parlait d’un livre “qu’elle avait lu en Angleterre il y a longtemps, mais dont elle avait oublié le titre“. Il y était question d’une jeune fille enlevée et retenue prisonnière de longues années en Grande-Bretagne.

A cette époque, Catherine sortait du paysage de l’enfance, lequel l’impressionnait encore de son cortège chimérique. Je tentais de la suivre dans sa fabulation, le plus souvent fervent, parfois avec quelque perplexité, voire quelque inquiétude cependant délicieuse. J’avais deux ans de plus qu’elle, et je parvenais à l’âge où le rêve n’imprègne plus continûment l’existence quotidienne, mais s’en dissocie pour la reléguer au second plan...

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