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Le jardin du bonheur
Auteur : Odil Allebaï
Date de publication : 23/01/2009
isbn : 978-2-9534938-Ro-4.005

Odil nous entraîne dans le Saint Cloud de son enfance et, surtout, nous imprègne de la vie d’une propriété de l’époque. L’atmosphère de ce roman, loin de baigner dans la nostalgie, éveille au contraire des souvenirs perdus de confitures maison, des odeurs de potager ou de verger. Nous allons, à travers le regard d’enfant du jeune Eric, à la découverte des moindres recoins de ce lieu où chaque élément a sa place, son usage et son mystère.

Une vraie promenade, rafraîchissante, qui raconte un épisode de l’histoire du Saint Cloud du milieu du XXe siècle.

Remarques :

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

C’est un “viveur“ de la poésie au quotidien. Il déambule sur le sentier des sens. C’est sa façon d’explorer les paysages de la vie. Il danse avec les phrases, il peint avec les mots.

Il aime les arts, tous les arts et sa description d’un ballet à l’opéra (Eric ou la vraie vie, le roman) est un grand moment de joie tant il parvient à faire vivre les danseurs avec ses mots.

Père de famille nombreuse, il enseigne à la faculté de Nanterre et s’investit dans la vie politique et communautaire de notre pays. Très actif, il dispose de peu de temps pour s’adonner à sa passion, l’écriture. Dommage.

1 -Vers le Boulevard

Les scènes de ce récit se déroulent en France, dans une ville de la proche banlieue de Paris, Saint Cloud, assez verdoyante au demeurant, située à l’ouest de la conurbation parisienne. A Saint Cloud, la colline domine Paris et donne l’impression d’être en retrait de l’activité trépidante de la capitale. Les constructions de l’ancien village sont pressées sur la rive de la Seine. C’est ici que le bus 171 dépose Eric, au début des vacances scolaires, à l’arrêt du pont de Saint Cloud. Il va chez sa grand-mère, qui habite sur le boulevard de la République, quelques centaines de mètres plus loin.

Muni d’un petit sac à dos, il lui faut maintenant monter vers le haut de la ville en traversant la place de l’église et de la mairie. Les rues escarpées sont les témoins de la vie de sa famille. Les albums de photos montrent si souvent cette église au clocher finement pointé vers les cieux: les communions, les mariages, les baptêmes et les enterrements sont rituellement présentés au pied de cet autel comme autant de ponctuations symboliques. Ils constituent une sorte d’armature.

Les canons de Montretout

Il emprunte la rue Dailly, une montée encombrée de voitures mais dont la vue largement dégagée offre un spectacle étincelant sur Paris, puis atteint rapidement la gare toujours coiffée des bunkers construits par les allemands lors de la deuxième guerre mondiale. Ces constructions en terrasse recèlent de mystérieux et profonds soubassements. Eric imagine des salles obscures et des corridors sans fin. Il se demande si on vit encore de nos jours derrière ces épais remparts si gris et si implacables qu’il lui semble extraordinaire que l’on se donne même le mal de les construire. La force des ouvriers et l’habileté des ingénieurs transparaissent évidemment au travers du sableet de la pierre. Mais ces lourdes et blafardes constructions témoignent aussi d’une folie. Leur triste survie maintient un lien concret avec une époque révolue. Eric voit en images ces jeunes soldats, jumelles en main, qui surveillent attentivement la ville. Il frissonne toute fois qu’il passe à cet endroit.
«Où sont les canons, se dit il immanquablement ?» Ce monde perdu le fascine.
L’histoire cachée, l’humanité déchirée, … il entend fréquemment cet appel troublant et sourd ébranler son cœur palpitant.

La porte du jardin ressemble à un châtelet de briques roses dont les tourelles encadrent un vantail de bois épais mais trapu auquel des craquelures de mastic donnent un aspect encore plus saisissant. Une plaque de faïence bleue affiche l’écriture blême du quarante sept. Les écailles de peinture vert foncé lui donnent un âge très respectable. Un pas de pierres usées marque le sol. Coiffée d’une tignasse compacte de lierres entremêlés et odorants, la porte du jardin paraît infranchissable.

C’est une porte basse. Elle nous protège. Le passant décidé, celui qui s’approche, est stoppé net. Sur le panneau supérieur, une torsade de losanges en métal recouverte d’une épaisse peinture noire largement mouchetée de taches de poussière d’une vague couleur grise, comme des gouttes de pluies séchées, tient le regard à distance. Le fin grillage tendu à l’intérieur achève de voiler la vue. Il se trouve ainsi placé face à une véritable clôture. Nul doute que pour entrer, il devra traverser une frontière. Pour le coup, il lui faut trouver le mot de passe.

Car la voix ne suffit pas. On n’appelle pas à travers la porte, même si les habitants sont de l’autre côté et qu’on les voit dans le jardin. Il y a la cloche de bronze, que l’on hésite toujours à secouer. On n’ose tirer sur le gros bouton de cuivre encastré sur la gauche, allez savoir pourquoi. Peut être parce que la cloche est bruyante et signale immanquablement au voisinage curieux la venue d’un intrus. Ce premier examen subi, il n’est pas certain que le tintement ne les atteigne, à l’intérieur. Il est alors nécessaire d’attendre puis de recommencer. D’ailleurs, plus d’un visiteur perd patience et s’en retourne piteusement, sans même jeter un coup d’œil en arrière. De toutes manières, on ne peut ouvrir de l’extérieur.

Les plus chanceux, ou les plus têtus, voient parfois une silhouette sortir sur le perron. S’il est reconnu de loin, la grand-mère repart dans la maison pour y prendre la clé et revient en boitillant. S’il ne l’est pas, il s’expose derechef à une sorte d’interrogatoire à distance auquel il doit répondre en criant, sommé d’énoncer son nom et le motif de sa venue. Alors, souvent, le découragement pointe, même chez les plus résistants. La plupart renonce silencieusement à l’idée de s’exposer à haute voix. Une seconde vague s’éloigne ainsi sans demander son reste. Les acharnés ne sont pas pour autant vainqueurs: la grand mère arrive tranquillement, le trousseau de clés à la main, et reprend la discussion à la porte. Point n’est besoin d’ouvrir si l’on peut traiter verbalement ! Le passage n’est vraiment pas aisé !

Et c’est dire la fierté d’Eric lorsqu’au premier tintement de la cloche, madame Tambert, l’ayant deviné bien avant, peut être même, si l’on en croit l’enfant, mais on ne sait guère comment cela serait possible, au moment où il traverse le carrefour des Terres Fortes, sort précipitamment de la maison, descend le perron à toute allure, longe en urgence la grande allée gravillonnée et, tout sourire, aiguillonne la serrure
d’un coup de clé joyeux. Eric vient d’arriver.

Lorsqu’il allume un briquet, il aperçoit derechef un spectacle fabuleux, que les marbrures de la flamme vacillante rendent encore plus surprenant, celui d’un immense troupeau de verre dont les couleurs gigotent, du vert d’eau, de l’olive claire, du renard foncé, du bleu profond et même du blanc brillant et, au fond de la cave, la curieuse houppelande de cuir noir et mat jetée par l’ombre sur l’arrière-garde de cette armée sans nombre. Fasciné mais prudent, Eric bat en retraite et, les fesses en arrière, sort rondement de cette drôle de grotte.

Le mur mitoyen dresse un écran de pierre grise. On ne sait ce qu’il se passe derrière. Eric est certes troubléà l’idée qu’une autre vie s’y déroule, mais la grisaille protectrice le rassure momentanément. De larges écailles de crépis parsèment ça et là des îlots informes, qu’il se plaît à joindre en fiction, les jours de beau temps et qu’il reste assis sur le banc de bois posé le long du lierre, à bord d’un radeau de bambou, à l’image de certains navigateurs dont les longues croisières aventureuses défraient, à l’époque, les chroniques. Il aborde ainsi, lui aussi, de nombreux pays, où il découvre des peuples dont les boubous amples et colorés, les foulards aux plis floraux, les enfants en marées ondulantes et les villages chauds et odorants, l’enchantent instantanément.

La Courette bat comme un cœur.

10 -La Buanderie et les Trésors

En face de l’escalier de la cuisine, on trouve la Buanderie dont l’ocre façade de sable et les volets branlants habillent un côté entier de la Courette. La maisonnette sent l’ancien. La glycine dont les tiges sans fin ondulent sous la corniche, traversent la gouttière et finissent par soulever les tuiles du toit. Au printemps, une frise violette embaume à l’entour. L’hiver, cette écharpe ligneuseprotège la maçonnerie usée. La porte vermoulue ne ferme pas. Le bois, que les étés ont desséché et les hivers détrempé, résiste à peine au coup d’épaule assené par Eric et proteste en raclant grossièrement le sol. Les interrupteurs d’électricité en céramique, dont les formes familières donnent aux lieux leur aspect domestique, claquent sans effet. Un luminaire hors d’âge bée, depuis longtemps débarrassé de son ampoule, occupé par des araignées dont les toiles sont emmêlées aux filaments de carbone, ressemblant à un abat jour léger et grisâtre aux formes étonnamment actuelles. Un établi, épais paquebot de bois posé sous une fenêtre au carreau fendu, supporte un invraisemblable bric-à-brac, des pots de peinture à moitié vides, bardés d’une peau colorée, des bouteilles d’essence de térébenthine bouchées par des chiffons en boule, des pinceaux aux formes et aux manches de toutes tailles, des flacons de colorant au couvercle bourrelé de pâte séchée et même un rouleau moutonnant abandonné sur une grille bariolée.

L’odeur de pomme prend à la gorge, emporte l’odorat et conduit droit à l’automne. Des centaines de fruits, étalés dans des caissettes de bois blanc n’en finissent pas de se rider, traversant parfois deux ou trois années, jusqu’à ce que leur peau verte et rose se couvre de fines ridules, à l’exception de celles que chaque semaine madame Tambert choisit soigneusement et pose prestement dans le compotier de son service de mariage. Elles sont exposées durant quelques jours puis passent à la casserole ou peuplent des tartes. Les autres, peu à peu amollies, ressemblent à des balles de caoutchouc, prennent une couleur de terre, rapetissent, moisissent puis sont versées, encore juteuses pourtant, sur le fumier.

…L’odeur de pomme prend à la gorge, emporte l’odorat et conduit droit à l’automne. Des centaines de fruits, étalés dans des caissettes de bois blanc n’en finissent pas de se rider, traversant parfois deux ou trois années, jusqu’à ce que leur peau verte et rose se couvre de fines ridules, à l’exception de celles que chaque semaine madame Tambert choisit soigneusement et pose prestement dans le compotier de son service de mariage. Elles sont exposées durant quelques jours puis passent à la casserole ou peuplent des tartes. Les autres, peu à peu amollies, ressemblent à des balles de caoutchouc, prennent une couleur de terre, rapetissent, moisissent puis sont versées, encore juteuses pourtant, sur le fumier.

Les piles de journaux font la joie d’Eric. Ces immeubles de magazines jaunis, revêtus d’une mince mante de poussière grisonnante, sont posés à même la tommette et, lorsque leur hauteur les fait pencher dangereusement, madame Tambert ordonne l’étêtement. Remonter vers un nécessaire passé, pénétrer au coeur d’événements inaccessibles, mais aussi effleurer les bords dentelés des feuilles desséchées, dénicher d’anciennes photographies en couleurs, Eric consacre des heures et des heures à lire les récits du globe, à déchiffrer les visages humains, à découvrir les costumes étrangers, à observer les paysages du monde. Cet univers de papier est ensuite ficelé de chanvre et tous ces trésors sont définitivement condamnés au secret.

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