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Dédicace de Nerval à Alexandre Dumas
Auteur : Gérard de Nerval
Date de publication : 29/09/2011
isbn : 978-2-9534938-Cl-5.010

Cette dédicace de Gérard de Nerval à Alexandre Dumas vient en introduction au livre Les Filles du Feu, suivi de Les Chimères.

Un an avant sa mort, Nerval regroupa ses oeuvres en divers ouvrages. Les Filles du Feu sont un ensemble de nouvelles. Les Chimères sont un ensemble de douze poèmes.

Dans cette dédicace, Gérard de Nerval tente d’expliquer ce qui l’a fait sombrer dans un de ces moments de folie qui l’ont conduit, à plusieurs reprises, à l’internement. Le style de Nerval est magistral et c’est un grand moment de pure littérature qu’il nous offre ici.

Remarques :

Edité et distribué par Plume Service
8 rue du Général Despeaux – Malassise
60 390 La Neuville Garnier
et sur :
www.plume-direct.com

Gérard de Nerval est un écrivain parisien. Il est né dans la capitale en 1808 sous le nom de Gérard Labrunie. C'est un être d'une grande sensibilité à l'imagination tourmentée. Auteur de récits, on le considère comme un précurseur de Baudelaire ou de Mallarmé et du surréalisme.

Son oeuvre marquante reste Les Filles du Feu, regroupant un ensemble de récits courts, suivies des Chimères, une oeuvre poétique. Il a aussi traduit le Faust de Goethe. Il s'intéresse aussi beaucoup au domaine du rêve.

Sujet à de nombreuses crises de démence, il se pend à Paris en 1855.

"Je vous dédie ce livre, mon cher maître, comme j’ai dédié Lorely à Jules Janin.
J’avais à le remercier au même titre que vous. Il y a quelques années, on m’avait cru mort et il avait écrit ma biographie. Il y a quelques jours, on m’a cru fou, et vous avez consacré quelques-unes de vos lignes les plus charmantes à l’épitaphe de mon esprit. Voilà bien de la gloire qui m’est échue en avancement d’hoirie. Comment oser, de mon vivant, porter au front ces brillantes couronnes ? Je dois afficher un air modeste et prier le public de rabattre beaucoup de tant d’éloges accordés à mes cendres, ou au vague contenu de cette bouteille que je suis allé chercher dans la lune à l’imitation d’Astolfe, et que j’ai fait rentrer, j’espère, au siège habituel de la pensée.

Or, maintenant que je ne suis plus sur l’hippogriffe et qu’aux yeux des mortels j’ai recouvré ce qu’on appelle vulgairement la raison, - raisonnons.

Voici un fragment de ce que vous écriviez sur moi le 10 décembre dernier :

« C’est un esprit charmant et distingué, comme vous avez pu en juger, - chez lequel, de temps en temps, un certain phénomène se produit, qui, par bonheur, nous l’espérons, n’est sérieusement inquiétant, ni pour lui, ni pour ses amis ; - de temps en temps, lorsqu’un travail quelconque l’a fort préoccupé, l’imagination, cette folle du logis, en chasse momentanément la raison, qui n’en est que la maîtresse ; alors la première reste seule, toute-puissante, dans ce cerveau nourri de rêves et d’hallucinations ni plus ni moins qu’un fumeur d’opium du Caire, ou qu’un mangeur de haschich d’Alger, et alors, la vagabonde qu’elle est, le jette dans les théories impossibles, dans les livres infaisables. Tantôt il est le roi d’Orient Salomon, il a retrouvé le sceau qui évoque les esprits, il attend la reine de Saba, et alors, croyez-le bien, il n’est conte de fées, ou des Mille et une Nuits, qui vaille ce qu’il raconte à ses amis, qui ne savent s’ils doivent le plaindre ou l’envier, de l’agilité et de la puissance de ces esprits, de la beauté et de la richesse de cette reine ; tantôt il est sultan de Crimée, comte d’Abyssinie, duc d’Egypte, baron de Smyrne. Un autre jour il se croit fou, et il raconte comment il l’est devenu, et avec un si joyeux entrain, en passant par des péripéties si amusantes, que chacun désire le devenir pour suivre ce guide entraînant dans le pays des chimères et des hallucinations, plein d’oasis plus fraîches et plus ombreuses que celles qui s’élèvent sur la route brûlée d’Alexandrie à Ammon ; tantôt, enfin, c’est la mélancolie qui devient sa muse, et alors retenez vos larmes si vous pouvez, car jamais Werther, jamais René, jamais Antony n’ont eu plaintes plus poignantes, sanglots plus douloureux, paroles plus tendres, cris plus poétiques !... »

Je vais essayer de vous expliquer, mon cher Dumas, le phénomène dont vous avez parlé plus haut. Il est, vous le savez, certains conteurs qui ne peuvent inventer sans s’identifier aux personnages de leur imagination. Vous savez avec quelle conviction notre vieil ami Nodier racontait comment il avait eu le malheur d’être guillotiné à l’époque de la Révolution ; on en devenait tellement persuadé que l’on se demandait comment il était parvenu à se faire recoller la tête…

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